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L’intention du Sage est l’Amour Inconditionnel

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“L’absolu n’est pas l’affaire de tous : il est l’affaire de chacun. Et tous doivent régler leur rapports entre eux de façon que chacun ait le loisir intérieur de s’interroger sur l’absolu.” Albert Camus

“Miroir, Ô mon beau miroir, dis-moi”… Mais, “dis-moi” quoi au juste ? De tout le royaume, qui est la plus belle ? Que tendons-nous à regarder dans cet objet du quotidien constitué d’une surface polie qui sert à réfléchir la lumière et/ou à refléter l’image des personnes et des choses ? Les mots ont un sens, et même plusieurs par analogie. Cherche-t-on grâce à cette surface brillante, unie, sans aspérité (tel un juge de vérité) à évaluer l’apparence qu’on donne au monde (l’image reflétée) ou ce que l’on est (la réflexion de lumière) primordialement ? Le miroir est-il avant tout social ? Tel le “selfie” est-il le symbole de nos mises en scène ?

En général, l’œil observateur cherche à savoir ce qu’il renvoie et va renvoyer dans les autres regards dans le cadre de sa socialisation, dans le cadre du récit collectif. C’est une façon d’enregistrer l’identité qui sera projetée et de supputer ce qui sera perçu par l’altérité dans sa diversité. Fondamentalement, sauf si un traumatisme le pousse à vouloir être transparent, l’Homme tend à redouter que l’autre soit indifférent envers lui. Il cherche donc dans le miroir à savoir quel rôle il a, va ou prétend avoir dans le récit collectif (et individuel) qui s’écrit seconde par seconde. Nous pourrions dire qu’il regarde quelle personne il incarne sachant que “persona” est le mot latin pour dire le masque de l’acteur de théâtre. “Personne” étant devenu le masque porté au sein de la vie en société. D’autant plus que nous allons pour beaucoup de boite en boite (maison, bus, voiture, métro, bar, restaurant, usine, bureau etc.) comme nous irions de scène en scène.

Un rôle, un masque d’acteur : ne cristallisons-nous pas un leurre à chaque fois que nous regardons ainsi dans le miroir avec l’œil de notre ego qui se prétend œil absolu ? La vérité est-elle dans la projection inversée donc virtuelle d’une réalité ? Est-elle dans le roman collectif ? Faut-il vouloir plaire et se transformer dans cet objectif ? Faut-il chercher à être vu et/ou reconnu ? Se réalise-t-on dans le barnum social ? Peut-on être guidé(e) par l’apparence de son propre masque ? Est-on personne quand on se cantonne à être une personne ?

La conscience d’exister, c’est la perception d’avoir une réalité (ce qui existe pour nous grâce à notre expérience) dans le réel (ce qui existe en dehors et indépendamment de nous). Quand le nombre de protagonistes augmente dans notre réalité, la visibilité décline, l’indifférence menace. L’indifférence donnant un sentiment de néant, elle instille la crainte de ne rien être aux yeux des autres ou de n’être qu’une goutte insignifiante dans un flot massif. L’ego pousse donc chacun à rapidement désirer être une personne, à avoir un rôle. Un bon rôle, distinctif, valorisant, autant que possible – quitte à tricher un peu – dans l’immense théâtre de l’environnement perceptible.

Ainsi l’ambition devient d’avoir toujours plus, de se doter de filets de sécurité tout en montant sur l’échelle qui sépare de la masse, de l’altérité. L’intérêt personnel, l’ego, l’orgueil deviennent alors des moteurs d’émergence comme ils sont des facteurs de séparation, de dissociation dans la perspective d’affirmation d’un “je” omnipotent, estimé, et réalisé dans le grand jeu de la société. Mais que devient le réel dans notre histoire ? Le déni est une violence vis à vis de l’altérité et de soi-même. On se perd en croyant se trouver dans les regards, dans les reflets des cristallins. Nous sommes tous des miroirs et des observateurs générateurs de réalités, d’enchantements et de désenchantements. Mais le curseur dans la production du reflet oscille entre illusion et réel.

Resserrons maintenant l’observation dans un face à face avec nous-mêmes dans le miroir afin de déterminer où se situe notre propre curseur illusion/réel. Regardez vous maintenant dans les yeux grâce à un miroir, l’esprit ouvert, puisque l’œil, outil de vision, porte en lui le reflet du miroir. Y voyez-vous une couleur d’iris, des pupilles, une forme ? Y voyez-vous une architecture physico-chimique complexe ? Voyez-vous dans vos yeux un outil de séduction ? Au delà du mode analytique, y voyez-vous un regard, une étincelle de vie, une intériorité, un rapport aimant à l’altérité ? Y voyez-vous un ego, un mental ? Y voyez-vous un esprit, un Moi, un Soi, une âme à laquelle vous ne pouvez pas mentir ? Y voyez-vous une relation vivante, de l’or, du feu ? Pressentez-vous l’existence d’un trésor en son fond ? C’est une question. Que voyez-vous ? Sans utiliser de cases toutes faites, sans discours préétabli, sans critiques, jugements, calculs, et même presque au-delà des mots : intuitivement et hors des conditionnements que voyez-vous dans le miroir ? Que voyez-vous à travers vos yeux avec une attention élargie ? Quelle est votre réalité ? Quel est le réel ? Et si dans votre œil se reflétait une réalité qui n’est qu’une projection trompeuse du réel ?

Si le miroir “aux alouettes” s’emploie à tromper, ce sont l’attention et l’intention qui servent unis de révélateur, de générateur. Il y a ce qui s’offre à l’œil et ce qu’on cherche à voir. Chacun impliquant l’existence de l’autre. Séparés et confondus, sujet et reflet ne s’opposent qu’en apparence. L’expérimentateur a son rôle dans l’expérience. Le reflet du réel (passif) scruté devenant la réalité dans l’œil de l’observateur (actif).

Le miroir est donc à la fois le symbole de l’illusion (car reflet inversé d’une réalité impermanente) et potentiellement un outil de (re)Connaissance qui permettra de tenter de rapprocher réalité et réel en se déterminant. Cela après des travaux de polissage (déconditionnement, dévoilement). L’objectif étant d’être en capacité de refléter fidèlement tout le réel.

La voie est toujours sous ses pieds

Une simple question peut se révéler utile afin d’évaluer le niveau d’alignement entre être et personne : Si la date de votre mort vous était révélée maintenant et qu’il vous restait un, deux, trois, quatre, ou cinq ans de vie… que feriez-vous ? Changeriez-vous votre manière d’être et de voir ? Redouteriez-vous de n’avoir rien été avant de n’être physiquement plus rien ? Chercheriez-vous à plus avoir ou à mieux aimer ? Modifieriez-vous rapidement votre cap en supputant des regrets au terme de l’histoire en cours ? La réponse apportée peut être révélatrice. Iriez-vous vers plus de Moi ou plus de Soi ? Rechercheriez-vous du bien-être ou à être du bien ? L’important ce n’est pas le chemin (sur lequel on a le droit de trébucher ou chuter), c’est la destination. Un morne quotidien peut être illuminé. Mais nous avons souvent tendance à être à la surface de notre être, tourné vers l’extérieur. Faisons un bond vers le VIIIe siècle pour relire un conte de Rabia al-Adawiyya. Que dit il ?

Rabia y est une vieille femme qui voit mal. Elle est dans la rue, en train de chercher quelque chose sur le sol face à sa maison alors que le soleil se couche. Ses voisins viennent l’aider. “Que cherches-tu Rabia ?” lui demandent-ils. “Je cherche une aiguille”, explique la dame âgée. Ils commencent à l’aider, mais la mission est aussi grande que la rue, trop vaste, d’autant plus que la nuit est tombante. “Tu ne sais pas à peu près où tu l’as perdue dans la rue ? Cela parait compliqué de la retrouver”, disent-ils à Rabia après plusieurs minutes de recherche. “Je l’ai perdue dans ma maison”, répond la femme. “Mais alors pourquoi nous fais-tu chercher dans la rue ?”, s’agace un voisin en se redressant. “Parce qu’ici il y a encore de la lumière et qu’il n’y en a pas à l’intérieur, chez moi il fait noir”, dit Rabia en poursuivant sa quête, les genoux dans la terre. “Mais enfin Rabia, tu as perdu l’esprit ! Rentre chez toi et allume une lampe pour la retrouver ! On perd notre temps dehors, l’aiguille n’y est pas…”, lance un autre décontenancé. Et Rabia s’esclaffe… avant de dire : “Ah, vous êtes plus malins quand il s’agît de choses triviales ! Pourtant je vous vois tous les jours chercher en dehors ce que vous avez perdu à l’intérieur.

Si nos deux yeux nous invitent à percevoir à l’extérieur la réalité, un troisième œil tourné vers l’intérieur peut nous faire toucher au réel. Depuis le début de ce texte une trentaine de questions vous ont été posées. Où êtes-vous allé(e) chercher des réponses ?

Chacun cherche son chas… Chacun cherche l’aiguille et son chas afin d’y glisser le fil de son évolution en tant qu’être. Encore faut-il pour la trouver la chercher. Et la chercher au bon endroit. Endroit qui est à portée de chacun.

Le décor est symboliquement planté. Il ne s’agit pas ici de se lancer dans une forme d’élégance intellectuelle qui ne serait qu’un luxe illusoire dans un quotidien pragmatique. Non, l’illusion est ailleurs… Allons à l’essentiel. Allons trouver – l’œil ouvert – l’aiguille là où elle est. Laissons l’inconscient se mettre en marche s’il cherche à se réaliser, laissons s’opérer le processus d’individuation à partir de notre matière première.

D’ailleurs, nous pouvons distinguer de la lumière sous la porte qu’il nous est possible d’emprunter pour retrouver l’aiguille (il n’y a rien à créer, tout est là) et lucidement “s’interroger sur l’absolu”. Encore faut-il penser à la bonne échelle, l’unité de mesure dans le réel étant le 1 de l’Univers.

“Le plus beau sentiment qu’on puisse éprouver, c’est le sens du mystère. C’est la source de tout art véritable, de toute vraie science. Celui qui n’a pas connu cette émotion, qui ne possède pas le don d’émerveillement ni de ravissement, autant vaudrait qu’il fut mort : ses yeux sont fermés.”Albert Einstein

La proposition

  • Et si nous faisions en sorte d’avoir des yeux ouverts ?
  • Et si nous faisions le choix du tout signifiant ?
  • Et si nous prenions enfin du temps pour le faire malgré les activités du quotidien ?
  • Et si nous sortions de la puissance des habitudes et des distractions de l’instant ?
  • Et s’il ne s’agissait pas que de jouir d’un certain temps social dans notre précieuse existence humaine mais de (re)trouver quelques fondamentaux afin d’évoluer ?
  • Et si nous cherchions enfin au bon endroit ?
  • Et si nous demandions ?
  • Et si nous produisions enfin cette effort de faire le pas de côté nécessaire mais rien de trop ?
  • Et si nous tentions d’éprouver intuitivement des lois d’un Univers pourtant invisible à 95% à nos yeux ?
  • Et si nous touchions du doigt ce qui nous dépasse ?
  • Et si nous mettions en cohérence l’ensemble des interactions fondamentales ?
  • Et si par une expérience de pensée nous partions en toute simplicité (en écartant donc l’ego) en quête de Vérité ?
  • Et si des réponses étaient à portée par le biais de lois scientifiques intelligibles ?
  • Et s’il était justement fondamental de s’élever au-dessus de sa condition de mortel tout en l’assumant ?
  • Et s’il fallait pour voler de ses propres ailes s’alléger de quelques poids ?
  • Et si essayer de comprendre un peu était tout simplement source d’enchantement ?
  • Et si la Connaissance était un moyen et pas un but ?
  • Et s’il fallait passer par une désaliénation du matériel ?
  • Et s’il fallait se détacher et se déconditionner ?
  • Et s’il fallait associer le monde sensible au monde des idées ?
  • Et s’il fallait imaginer plutôt que déduire pour trouver ?
  • Et s’il fallait redonner à notre conscience la perception de la totalité de l’Univers ?
  • Et s’il fallait appréhender un vaste Tout ?
  • Et s’il fallait tout simplement prendre conscience ?
  • Et s’il fallait juste se reconnecter ?
  • Et s’il fallait tout simplement Vouloir ouvrir les yeux ?
  • Et s’il fallait absolument décomposer son ego ?
  • Et s’il fallait remettre le cœur au centre de tout ?
  • Et s’il fallait comprendre ce qu’est l’amour ?
  • Et s’il fallait éprouver une unité primordiale ?
  • Et s’il fallait primordialement ÊTRE ?

“Si l’on interroge les hommes, en posant bien les questions, ils découvrent d’eux-mêmes la vérité sur chaque chose.”

PlatonPhédon, XVIII, trad. E.Chambry, BIBLIOTHÈQUE electronique du quebec

Le fruit a-t-il conscience de la racine ?

Débutons par des observations sur notre monde, qui ne sont pas des vérités absolues, des jugements ou des expressions (inutiles) d’aigreur. Elles s’espèrent simplement lucides et objectives afin de planter le décor. Rien de plus. L’état de notre monde étant également l’état de nos relations, de nos interconnexions, tenter d’établir une image de celui-ci semble avoir sa pertinence. Tentons d’être un miroir reflétant fidèlement ce qui l’entoure.

Nous vivons à priori [selon la grille de lecture de l’auteur de ces phrases qui a conscience que tout cela ne relève pas spécialement de sa compétence et que la vérité ne s’impose pas] dans une société globalement matérialiste dans laquelle le patrimoine, le paraître, la position sociale et/ou le pouvoir sont considérés comme fondamentaux dans la réalisation d’une vie d’être humain.

Nous vivons dans une société agitée, électrique, qui accorde souvent au moins autant d’importance au verbe Avoir qu’au verbe Etre dans un climat quasi permanent de peur, conditionnement entretenu et alimenté par une accélération de la communication, une croissante culture du clash, des algorithmes orientés et une densification du flux d’informations. Notre monde dopé aux émotions semble enfantin, adolescent, dans le sens où il prend très au sérieux ce qu’il aura vite oublié, passant d’une agitation à une autre. Mais le désir d’Avoir pour remédier à une des formes de sentiment d’insécurité aura été alimenté.

La volonté (réflexe) d’Avoir dans la perspective de se doter de remparts face aux aléas de la vie et de s’élever dans la pyramide sociale, nous faisons la proposition de la qualifier d’approche court-termiste.

Court-termiste car à l’échelle d’une vie humaine qui ne pense qu’à sa propre survie et qui ne voit pas plus loin que ses inquiétudes dans son instant. Cette quête semble vouloir nier la mort (“l’âme hors” dans la langue des oiseaux) comme s’il fallait se décomposer devant la perspective d’une limite de vie et ne penser qu’en termes de durée de temps imparti. Cette approche tend à déclasser la qualité d’Etre afin de donner la priorité aux moyens d’Avoir. La socialisation – qui en d’autres temps était un moyen de survie décisif (par la tribu) – en est un. Faire partie du groupe était le meilleur moyen de survivre dans un environnement hostile et dangereux pour l’animal plus démuni que beaucoup d’autres qu’est l’humain. L’héritage informationnel est là : stratégiquement il vaut mieux avoir une bonne place dans la hiérarchie de la tribu pour survivre et plus avoir. D’autant plus qu’Avoir est généralement perçu comme le moyen de la liberté individuelle. Alors qu’il s’agît d’Etre libre.

Celui qui n’a pour horizon que du matériel n’obtiendra que des biens matériels. Satisfaisant ? En général, le mourant, avant son dernier souffle est plus concentré sur les questions d’amour que de patrimoine, de rang social ou d’apparence physique.

Cette majoritaire et mimétique quête individuelle d’Avoir écarte de plus en plus le cycle biologique de vie et vise une hybridation croissante de l’humain avec la machine puisque seule la matière existerait. L’idée obsessionnelle étant d’allonger la vie terrestre, toujours plus, tout en rêvant de panacée, d’immortalité, tout en refusant que le “je” sorte du jeu en 4D (trois dimensions pour l’espace et une pour le temps.) Et dans cette perspective il faudrait consciemment et inconsciemment toujours plus Avoir, toujours plus de technique, plus de moyens, pour s’espérer moins vulnérable, moins limité et moins… mortel en partant du principe que le cœur n’est qu’une pompe.

Nous observons également une humanité qui dans sa quête commune d’Avoir – alimentée par les striatums (sous le cortex) de chacun – baigne stratégiquement dans des tricheries établies, des différenciations arbitraires, des hiérarchies agressives au sein de son espèce. Des distinctions violentes de valeur pouvant même être réalisées à partir de critères non choisis comme le genre, la couleur, l’origine, l’âge, l’orientation sexuelle, ou encore le handicap… Des formes de classement et de déclassement (incompatibles avec la liberté, l’égalité, ou la fraternité) qui justifieraient le fait d’Avoir plus, et surtout plus qu’un autre. Les pratiques humaines interrogent et ramènent surtout à un point : le statut social a toujours été un garant de meilleures chances de survie au sein de l’espèce. A tel point qu’il est le principal curseur dans les relations entre humains, avec en arrière-plan la loi du plus fort.Celui qui diffère de moi loin de me léser m’enrichit.” Cette pensée d’Antoine de Saint-Exupéry ne demande qu’à enfin entrer dans les têtes et les cœurs.

Et que dire du traitement infligé par l’ego collectif de l’Homme à ce qui n’est pas l’Homme sur la planète qu’il habite. Ensemble, en conscience, nous devrions voir grand, prendre de la hauteur, et être unis vers… Se sentir Univers, dans une forme de coopération. Mais nous, espèce animale nommée “humains”, sommes fléau tant que nous fonctionnons en agrégat d’ego, concentré sur l’appropriation. Et pourtant nous prétendons avoir progressé ou être à un haut niveau de développement. Mais depuis la création de frontières, les désignations de territoires, l’établissement de catégories, de hiérarchies, bref à force de scinder, de diviser, de formater, nos civilisations ont entériné dans l’histoire la souveraineté des ego collectifs et des collectifs d’ego. Or, le progrès n’est jamais dans la division mais dans la réunion. Chacun peut donc mesurer notre degré d’évolution global.

En outre, dans notre observation générale, nous pensons constater un taux d’absentéisme métaphysique important et une approche globalement égocentrée qui réduit le monde et même l’Univers à un environnement sensiblement identifié, qui réduit tout événement à des causalités et qui réduit toute trame à un flux de temps perceptible. Une approche qui croit pouvoir trouver des explications et des solutions à tout, mais qui oublie les bases… et évite soigneusement les étapes propices aux grandes réflexions dites “existentielles” pour mieux s’en débarrasser. Des pensées qui ne seraient qu’un luxe intellectuel ou un loisir comme un autre, une option… Plus nous avons d’objets plus notre monde intérieur semble s’appauvrir.

On peut enfin penser que la tendance globale – telle que présentée ici – se traduit par une fuite en avant pour toujours mieux s’étourdir (dopamine chérie) dans une culture de l’immédiat et ne pas se poser les vraies questions malgré les diverses pollutions. Les questions qui permettent une forme d’éveil véritable décorrélée d’une quête de “bien-être” personnel en société motivée elle par une ambition égoïste et/ou centrée. Souvenez-vous le sens du mot divertissement : ce qui détourne quelqu’un de l’essentiel. Et remarquez que le divertissement est devenu une industrie. Et même une industrie massive galvanisée par la révolution numérique.

Attention, il n’est pas question ici, dans ces lignes, d’exprimer une opinion, de faire la morale, de donner la leçon, de dire ce qui est bien ou mal, de critiquer, de souhaiter un monde à son idée. Surtout pas. De toute manière, l’effet serait nul, et la démarche inutile, contradictoire, et stérile. Rien ne s’impose. Aucune vérité ne se décrète. On dira que le propos ne s’espère “pertinent” que si à minima il est sans ego, sans reproche, sans jugement et sans calcul. On dira dans notre approche qu’il est “pertinent” s’il a pu provoquer au moins une question utile chez le lecteur ou la lectrice.

Ici il s’agît de vous proposer modestement un angle de vue, une prise de hauteur, un pas de côté, celui qui peut parfois donner une autre perspective (hors de la caverne), une grille de lecture qui ne se veut ni marginale ni rebelle… ni rien. Ce texte est juste posé là, à disposition.

La proposition ici est de mettre en lumière deux éléments capitaux : l’attention et l’intention pure. Deux clés dans la poche de chacun qui ouvrent possiblement une porte à double serrure. Elles donnent accès à de nouvelles perspectives d’évolution chez chacun au moyen du cerveau et du cœur, sans dogmes, sans textes. La démarche est d’essayer modestement de “comprendre” par un cheminement. Le verbe “comprendre” signifiant “Contenir en soi”, “Faire entrer dans un ensemble” et “Embrasser ou saisir par l’intelligence.”

Des sagesses ancestrales aux sciences modernes en passant par la philosophie, et pour peu qu’on décide d’y prêter attention, un point commun s’offre, un point comme un. Nous sommes des fragments, nous sommes des cellules vivantes de l’Univers, comme notre corps compte des milliers de milliards de cellules qui forment les tissus et les organes. Et ce n’est pas un vague discours. La fractalité change tout. Véritablement. Nous le verrons. Avec le renfort d’Albert Einstein, Max Planck, Carl Gustav Jung, Platon, et bien d’autres, mais sans marcher sur leurs traces, nous allons tenter très très modestement un décryptage d’un Devenir individuel et collectif fait d’involution, d’évolution et d’unification.

La proposition faite ici distingue bien “Être” et “bien-être”. Car disons-le, l’idée ici n’est pas de se demander comment se sentir mieux dans sa peau au sein de la société ou de trouver des recettes ponctuelles pour se procurer des doses de bonheur et d’enchantement. Il s’agît de vouloir aller (simplement) bien au delà des reflets et mirages, jusqu’au point comme un. Et ce n’est pas “suivez le guide”. Il n’y en a pas ici si ce n’est vous-même. Pas de dogme, pas de doctrine. Juste une aiguille, la vôtre, et son chas. Juste une invitation pour ne pas stagner en fait néant : persévérez… Percez et vous verrez, par vous-même, grâce avec votre aiguille.

Persévérez / Percez et vous verrez

Souvenons-nous de la légende arthurienne du Roi Pêcheur qui met en scène le chevalier Perceval (celui qui “perce le voile” de l’ignorance et de l’illusion). Parce qu’elle illustre une forme de renoncement trop courant. Ou une indifférence. Ou une crainte. Car une question et une démarche essentielle sont souvent mises de coté : pourquoi ? Le pourquoi qui permet d’avoir les yeux ouverts et de voir au delà des voiles qui cachent l’essentiel.

Pas le “pourquoi” né d’une faim de curiosité dans la vie de tous les jours. Non, celui qui est trop souvent happé par le train du quotidien. Nous évoquons ici le “pourquoi” plus vaste et plus fondamental. Celui qui crée du lien, donne du sens, ouvre les yeux, fait vibrer, régénère le cœur, et permet d’évoluer, de se centrer.

Rappelez-vous l’épopée de Perceval (celui qui “perce le voile” donc), parti à l’aventure sur sa monture. Il arrive sur des terres sinistrées, dans un environnement qui semble sans vie. Comme si la nature souffrait de dépression. Les maisons ne semblent pas réellement habitées. Le chevalier aperçoit un vieil homme en train de pêcher dans une rivière relativement asséchée. Il se rend auprès de cet ancien qui se trouve être le Roi. Le souverain est un homme malade de ses blessures qu’il ne parvient à guérir. Un état qui rejaillit sur son royaume, sinistre. Le Roi déprimé se contente d’aller à la pêche alors qu’il sait qu’il n’en ramènera rien.

Malgré son état, en homme de qualité il offre à Perceval gîte pour la nuit et couvert en son château. Ce que le jeune homme accepte même si le chemin pour s’y rendre est ardu. En effet, il faut passer par une faille rocheuse (trop étroite pour qu’un ego vigoureux et incompatible avec une quête initiatique ou une évolution spirituelle ne s’y glisse). Si le château est magnifique et contraste avec le reste du royaume, ses habitants semblent malheureux. L’endroit n’est que silence et tristesse. L’heure du dîner arrive, Perceval en tant qu’invité d’honneur prend place à côté du Roi. Étonnamment, les nombreux mets sont raffinés, le vin est divin. Le repas contraste avec la déprime prégnante. Mais il n’apporte aucune joie auprès de la cour.

Surprise, un merveilleux et curieux cortège traverse la salle. Il est composé en sa tête d’un jeune homme blond, tout de blanc vêtu. Il tient une lance sur laquelle glisse un peu de sang. Suivent deux jeunes hommes tenant des chandeliers d’or. Derrière eux, une femme d’une incroyable beauté avec un plateau d’argent aussi remarquable que flamboyant, sur lequel se trouve une coupe d’or sertie de pierres précieuses. Cette coupe rayonne et diffuse les plus envoûtants reflets de lumière. Le cortège passe une fois, Perceval n’ose parler. Puis une deuxième fois. Puis à une troisième reprise. Le chevalier n’ose interroger le Roi pour comprendre la motivation de ce cortège atypique et inattendu. D’autant plus qu’à chaque passage, les lamentations se font plus fortes à table et les pleurs plus nombreux. Notre héros, incommodé, choisit la tangente et ne demande pas d’explication à ce spectacle. Il choisit la facilité et ne cherche pas à comprendre le sens de tout cela. Après ce bien étrange dîner, Perceval rejoint sa chambre pour la nuit.

Le lendemain matin le chevalier découvre un château désert. Il retrouve son cheval dans l’écurie et quitte les lieux. Sur le chemin, une cavalière fonce vers lui et l’interpelle. “Tu es un mauvais chevalier ! Pourquoi n’as tu pas demandé au Roi ce qu’était ce cortège ? Cette simple question aurait provoqué sa guérison et redonné vie à notre cité ! Mais tu n’as rien fait, tu n’a porté aucun intérêt ! Va maintenant vivre tes aventures, mais que ta conscience ne trouve pas de repos tant que tu n’auras pas réparé ta mauvaise action !” Puis elle repart aussi promptement.

Désigné coupable par cette femme venue de nulle part, Perceval entend retourner au château du Roi Pêcheur afin de corriger son erreur, afin de porter attention à ce qui était sous ses yeux, avec une autre intention, et libérer le Roi de sa souffrance et le royaume de sa petite mort. Mais il se perd. Il ne retrouve pas le fameux château.

Plus tard, Perceval raconte cette histoire à la cour du Roi Arthur. Tous les chevaliers décident de partir au secours de ce royaume dévasté par la douleur de son Roi. Et c’est Perceval qui est le premier à le retrouver. De nouveau invité au dîner du château, il ne manque pas l’opportunité au passage du cortège et demande au Roi son sens. Ce simple “pourquoi ?” venant du cœur redonne comme par magie (car l’âme agît) la vitalité au souverain, au pays, aux siens.

Le Roi Pêcheur révèle à Perceval que la coupe est le Graal. Cet objet qui représente dans son interprétation moderne un objectif difficilement réalisable, mais qui apporte au monde de nouvelles connaissances ou permet une application originale sur la matière. D’ailleurs on qualifie la théorie de grande unification (théorie du Tout) de “Graal des physiciens”. Le Graal, le Tout… retenez cela. L’essence de l’Homme est le questionnement dynamique. Encore faut-il qu’il soit motivé par une bonne intention et porté par une véritable attention. Tout est déjà là, il n’y a rien à inventer, juste se reconnecter, se retrouver, pour être digne de lever le voile. Chaque interrogation est une porte que l’on ouvre. Surtout, la matière première est auprès de nous. Mieux, elle est en nous.

Symboliquement, cette légende explique que, sans ouverture, sans quête et sans cœur, tout se déprime, rien n’évolue. Elle explique qu’on choisit de demander et de recevoir une impulsion. Elle raconte qu’on peut mourir de soif à côté de la fontaine. Il faut aspirer au déconditionnement, à la Connaissance et à la compréhension de l’Amour Inconditionnel au delà des apparences trompeuses entretenues par l’ego. Cette attitude, à elle seule, enclenche le processus d’écoute, voire d’éveil. Cette histoire invite à tendre vers la découverte de la quintessence. Car c’est sur ce chemin de l’individuation, du perfectionnement, que chacun peut trouver sa place. Dans cette histoire du Roi Pêcheur, la cité périssait à cause d’une confortable indifférence, d’un somnambulisme existentiel, fruit d’une négligence en termes d’attention et d’intention. Et pourtant le Graal, ce trésor merveilleux, était juste là, à portée, sur un plateau. Encore faut-il voir et pénétrer la matière première pour débuter sa propre évolution. D’abord par un “pourquoi” qui n’apporte pas une réponse construite sur une induction ou une déduction, mais qui vous montre fondamentalement la voie vers une destination : un haut niveau de conscience. L’éveil intérieur amorcé demeure. Il commence par le fait de se reconnaître soi-même tel que l’on est. Par regarder, re-garder, garder enfin ce que l’on a perdu. Persévérez ! Percez et vous verrez ! Dans les légendes, chaque héros a son propre parcours. Les aventures diffèrent, mais elles mènent à un Graal. Elles conduisent chaque être vers lui-même. Car le mystère n’est pas en dehors.

C’est avec cet état d’esprit que je vous propose de partager un vaste “pourquoi ?” par l’intermédiaire de ce texte qui n’est pas une affirmation individuelle, une tentative de progrès, ou une démonstration mais une ouverture, une proposition au delà du discours “philosophique”. Ensemble persévérons, chacun sur son sentier. Précisons-le, ici aucune expression ne prétend être frappée du sceau de la Vérité. Toutes les affirmations sont autant de conditionnels. C’est dit. Quoi qu’il en soit, enrichissons-nous mutuellement en ouvrant notre for intérieur. Car si la matière est la partie périssable de l’Homme, l’essentiel est ailleurs. Bien qu’intime cet essentiel ne demande que transmission pour permettre à chacun de dégager son propre chemin. Car les Hommes bien que liés, ne transforment qu’eux-mêmes et par eux-mêmes. Il convient donc de se proposer avec cœur, et sans ego, des éléments, des outils, de l’information, des pensées, du lien, afin de déblayer le chemin, même si tout cela n’est peut-être qu’un songe. Et rien de plus, et rien de trop. Ici vous lisez un texte dynamique qui se transforme, qui tente de s’enrichir, qui évolue, qui tend à s’appuyer sur des philosophies, sciences physiques, mathématiques, sagesses, arts, sur de la cosmologie, de la sociologie, etc. Cette proposition est un rapport actif au monde, et il vient d’une porte intérieure. Oui, c’est une dynamique intérieure qui s’offre, ce sont des pas qui s’enchaînent sur un chemin. Notre Connaissance n’est pas figée, elle est impermanente, comme l’information. Alors pourquoi tenter de la présenter de manière invariable à force d’arguments ? Ne négligeons pas la transformation qualitative de l’apprenant qui écrit ces lignes. Et puis, au bout du bout, il ne s’agît pas d’avoir ni de savoir mais d’ÊTRE. Non, il ne s’agît pas de déduire ou d’être amoureux des idées et concepts que l’on pose mais d’être véritablement disponible, attentif, humble pour recevoir et évoluer.

A cet instant de ma rédaction, mon bureau vibre par la magie de la Toccata et fugue en ré mineur de Jean-Sébastien Bach. Cette œuvre qui touche au sublime, nous sommes nombreux – dans une génération – à l’avoir connue, enfant, par le biais d’un dessin animé nommé “Il était une fois”. Alors, avançons unis vers le thème de l’Univers.

Il était une fois l’Univers (auquel nous appartenons)

ÉTYMOLOGIE – Lat. universus, tout entier, universum, l’univers, de unus, un, et vertere, tourner : rassemblé, mis en un. [Dictionnaire Littré]

L’immense majorité de l’immense l’Univers demeure invisible à nos yeux. Il est composé à 95% de matière noire et d’énergie noire (“noire” parce qu’invisible). Et aujourd’hui la science ne sait pas trop de quoi il est question. Sauf que nous percevons leur présence par leurs effets gravitationnels sur la matière ordinaire (les 5% restants qui sont visibles) ou l’Univers dans son ensemble.

Comprendre cette matière et cette énergie omniprésente bien qu’invisibles à nos yeux, c’est comprendre le destin de l’Univers et trouver du sens… en partie la quintessence. Notamment, l’énergie noire qui représente à elle seule 70% du contenu énergétique de l’Univers. Oui, il y a du sens là-dedans et certainement de grands secrets. La matière noire crée du lien dans l’Univers, sans elle il ne serait que chaos, sans elle l’Univers serait inhabitable. La matière noire traverse et façonne les planètes et les étoiles. La matière noire est le ciment de l’Univers.

Depuis 1929 et les observations d’Edwin Hubble, on sait que l’Univers est en expansion. On suppose (la question est encore ouverte) qu’il part d’un Big Bang il y a 13.8 milliards d’années. En fait, tout partirait d’un point : “l’atome primitif” qui se lance dans expansion effrénée sous l’action de l’énergie noire.

La question de l’origine de l’Univers reste ouverte, car si les chercheurs arrivent à “remonter le temps” dans leurs observations à 10-43 seconde après le Big Bang, le t=0 reste inaccessible. Les équations présentent alors une singularité (comme avec tout trou noir), c’est à dire que la température et l’intensité deviennent infinies ! C’est le “mur de Planck”, les équations s’effondrent car il faudrait que la théorie de la gravitation s’unisse à la physique quantique pour aller plus près du zéro. La densité, la température deviennent telles… qu’on ne peut plus calculer. Pire, les ébauches jusqu’ici d’unification de la relativité générale et de la physique quantique qui permettraient d’atteindre l’instant zéro… déplacent l’instant zéro. Et puis penser l’origine de l’Univers… c’est aussi penser l’avant… donc l’absence de l’Univers. Il faut donc penser le néant alors qu’on ne peut pas le penser sans lui accorder un statut qu’il ne peut avoir puisque c’est le néant. Compliqué. Nous sommes à la limite de l’aporie (contradiction insoluble dans un raisonnement). C’est pourquoi on peut préférer parler de “non manifesté” hors du temps et de l’espace plutôt que de néant. Ce qui semble pertinent par ailleurs.

Donc s’il y a une origine de l’Univers mais pas d’instant zéro, c’est qu’il y a forcément quelque chose d’autre. L’instant zéro serait donc une transition, un rebond, une semence, ou une transcendance. Ou tout aussi possiblement il n’y a ni début, ni fin. Car la notion de flux de temps est plus que discutable… puisque à l’échelle humaine, en 4D (nous y reviendrons). Et enfin qui nous dit qu’il n’y a qu’un seul Univers ? Je vous renvoie vers la théorie des multivers qui pourrait expliquer aussi l’existence des trous noirs. Ou à votre intuition. Ou encore à des sagesses ancestrales qui évoquaient (à des périodes où l’on ne connaissait même pas la notion de galaxie) des milliards d’univers liés par paires dans Un grand Tout (il y aurait au moins 100500 univers possibles d’après les équations de la théorie des supercordes). Ce qui voudrait dire que notre Univers a un jumeau – comme le positron est l’antiparticule de l’électron – au sein d’une gigantesque masse d’univers. Beaucoup de questions restent donc ouvertes. Et le Big Bang pourrait représenter les limites actuelles de la construction théorique. Zéro à la puissance zéro (noté 00) est une expression mathématique qui n’a pas de valeur évidente. Mais il est généralement convenu que la réponse est 00 = 1. Une égalité mathématique vertigineuse qui pourrait expliquer pas mal de choses sur la grande subtilité du non manifesté.

C’est donc à partir de 10-43 seconde après le Big Bang que la science constate le début de l’expansion accélérée de notre Univers à partir d’un unique et minuscule point: on l’appelle “l’inflation cosmique.” Depuis 1998, on sait que cette expansion est de plus en plus rapide. Tout part donc d’un petit point qui reste un objet et qui n’est pas une enveloppe.

Ceci est fondamental ! Toute l’histoire manifestée se construit à partir d’un petit point, un atome primitif (répondant aux principes de la mécanique quantique), qui reste un objet (plein) et qui n’est pas une enveloppe (avec du vide). Notre Univers est un objet, pas une enveloppe : nous ne sommes pas DANS un Univers, nous faisons PARTIE de notre Univers. Et il est quantique par nature. Et jamais vide.

Ajoutez à cela que l’Univers – que nous constatons – est homogène (de même nature, uniforme) et isotrope (qui présente les mêmes propriétés dans toutes les directions), et bien le cocktail est relevé ! Car cela veut dire qu’ici chaque chose (donc chacun d’entre nous pour revenir à des considérations humaines) est liée, interconnectée, possède intrinsèquement les mêmes informations fondamentales, et est mue par la même énergie vitale. A savoir pour beaucoup la fameuse énergie noire qui permet l’expansion de l’Univers et qui le rend habitable malgré le chaos ambiant.

Rappelez-vous, l’expansion accélérée de notre Univers est provoquée par l’énergie noire via une gravité répulsive. Mais on ne sait pas ce qu’est cette énergie noire, invisible. Si ce n’est un vide qui ne l’est pas énergétiquement. Elle est partout dans l’espace et ne se dilue pas malgré l’expansion.

“Elle est présente entre les galaxies. Elle est présente dans cette pièce. Nous pensons que dans tout lieu, où il a du “vide”, il y a inévitablement un peu de cette énergie noire” , expliquait Adam Riess, astrophysicien et cosmologiste qui fait partie de ceux qui ont mis en évidence en 1998 le phénomène d’accélération de l’expansion de l’Univers.

L’astrophysicien français David Elbaz établit une analogie intéressante. Un arbre comme le chêne est composé des mêmes proportions que l’Univers. L’énergie noire correspond au tronc (70% du poids du chêne), la matière noire aux branches (25% du poids), la matière ordinaire aux feuilles, c’est à dire les 5% restants. En tant qu’être humain nous ne voyons et connaissons que les (couvrantes) feuilles du chêne Univers… la matière ordinaire. C’est bien peu. Si on détache une feuille de l’arbre, elle meurt. De la même manière, si on détache la matière ordinaire de la matière noire, elle meurt. Si on prend deux feuilles séparées d’une certaine distance, lorsque la branche grandit, ces deux feuilles s’éloignent. Si on prend une feuille deux fois plus loin, avec la croissance de la branche, elle s’éloigne deux fois plus vite parce que chaque morceau de branche grandit d’une même entité. Et si vous prenez le tronc, il pousse le tout à s’agrandir plus vite, cela… telle l’énergie noire. “Donc l’arbre suit la règle de Hubble. Il suffisait de prendre un arbre comme le chêne pour tout comprendre sur l’Univers !” constate le scientifique du CEA.

“Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, assurait il y a bien longtemps Hermès Trismégiste (ou son mythe). Et comme toutes les choses sont sorties d’une, à travers la pensée de l’Unique, de même toutes choses sont nées de cette chose unique, par adaptation.” Intéressante concordance. Et ce n’est que le début…

Toutefois, faisons une mise au point : dans notre approche l’Homme n’est pas central dans l’Univers et encore moins une finalité. Il n’est ni auteur ni chef d’orchestre. Il est une forme d’existence endogène au sein d’un ou plusieurs Univers avec une forme de conscience inaboutie. Pour preuve l’anthropocentrisme qui est surtout l’expression de l’orgueil d’une espèce dotée d’ego et qui justifie ainsi le fait de tout accaparer en meute aux dépens des co-habitants de la planète. Sans y trouver paix, joie ou bonheur par ailleurs. A moins que tout cela ne soit l’expression d’une longue involution avant une évolution.

Au passage, il est amusant de constater que dans les considérations générales – comme dans les représentations artistiques – l’Univers est synonyme d’étoiles, de calme, de vide, de paix, alors que le chaos tend à y régner… L’Univers s’oppose à ce que nous percevons spontanément avec nos sens de Sapiens. Le vide que nous croyons voir est dense, saturé, ultra plein de matière et d’antimatière.

Quoi qu’il en soit, on peut affirmer qu’il manque un concept universel à la cosmologie qui permette une théorie homogène et une juste perception de notre Univers composé à 95% de matière noire et d’énergie noire, 95% d’inconnu.

Des surprises sont à venir dans notre perception globale aux interactions invisibles mais réelles, hors des notions dissociées d’espace et de temps. Aujourd’hui physique et mathématique évaluent à onze le nombre de dimensions (théorie des supercordes/théorie M) à l’échelle universelle. De quoi surprendre le commun des mortels pour qui il n’existe que quatre dimensions, trois spatiales et une temporelle. C’est à dire celles qu’il peut percevoir. Et pourtant l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a découvert que le cerveau humain était rempli de structures géométriques complexes pouvant comporter jusqu’à 11 dimensions. Macro comme micro : 11 dimensions (de 0 à 10). L’homme à l’image du Cosmos. 11 dimensions : 4+7. Ou plutôt 7+4 car les sept dimensions qui nous échappent dans la vie courante seraient plus fondamentales que les quatre perceptibles usuellement.

“Un être humain est une partie du tout que nous appelons “Univers”… une partie limitée dans le temps et dans l’espace. Il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme séparés du reste – une sorte d’illusion de sa conscience. Cette illusion est comme une prison pour nous, nous limitant à nos désirs personnels et à n’avoir de l’affection que pour les quelques personnes qui nous sont les plus proches. Notre tâche doit être de nous libérer de cette prison en élargissant notre cercle de compassion afin d’embrasser toutes les créatures vivantes, la totalité de la nature et sa beauté.” – Albert Einstein

Notre conscience

Cet objet “Univers” sorti du néant ou du “non manifesté” est (du verbe être). Et du fait qu’il est, et qu’il devient, naît la Conscience.

Il est bien compliqué de définir le mot “Conscience” puisque l’exercice revient ici à demander à une conscience de s’auto-définir… Ce qui est purement subjectif. D’autant plus que la Conscience est une affaire intime qui touche au sensible. Et puis nous avons là une notion centrale pour nombre de disciplines (neurosciences, philosophie, psychologie, sciences sociales ou encore les spiritualités). Difficile donc de se baser sur une définition incontestablement satisfaisante pour toutes et tous.

On dira ici pour tenter de faire simple et surtout s’offrir un postulat que communément on peut entendre la Conscience comme un ensemble par rapport à une intériorité : un ensemble comprenant la conscience du monde (et de l’Univers), la conscience de soi, et la conscience de soi dans le monde (et l’Univers). Cela étant possible par le biais d’outils que sont nos cinq sens et par une forme d’éveil (qui n’est pas réservée à l’humain par ailleurs mais au domaine du vivant).

On précisera que toute perception n’est pas brute mais conditionnée par l’héritage de l’évolution, l’éducation, l’état psychique, l’humeur du moment, les apprentissages, le parcours de vie, etc. Donc une kyrielle de facteurs qui sont autant de filtres, de voiles, dans la conscience du monde, la conscience de soi, et la conscience de soi dans le monde. Sans oublier le travail permanent de notre cerveau qui est à 98% inconscient. Cela pour nous donner une version simplifiée de ce que nous pensons être la réalité sans percevoir qu’il s’agît du résultat d’un traitement d’informations qui peut cheminer dans des interprétations ou des affabulations. Le cerveau s’emploie à nous donner ce qui à l’étoffe d’une histoire authentique qui s’écrit en permanence dans un trame causale. Le rêve étant son pendant car même s’il est lié à la Conscience il donne lui ce qui à l’étoffe d’une histoire imaginée, sans contrainte d’apparence de réalité ni de causalité. Le cerveau génère également (quand il ne dysfonctionne pas) les motivations et mécanismes de survie au sein même du récit qu’il produit. D’ailleurs qui a véritablement la perception de chaque organe, os, nerf ou même cellule de son corps ? Chacun de nous est un univers biologique avec au moins 30.000 milliards de cellules et 38.000 milliards de bactéries. Tout cela nous compose, et nous n’en avons pas conscience. Notre perception est extrêmement simplifiée. Notre cerveau nous propose une version de l’Univers, une version de nous, et une version de nous dans l’Univers.

Autre point, il faut comprendre la Conscience d’une manière assez large car elle n’est pas le fruit d’une cognition qualitativement de haut niveau, contrairement à une idée répandue, mais plutôt une expérience.

D’ailleurs, chez l’humain, la conscience de soi pourrait se limiter à la perception par le cerveau des battements du cœur… Ce qui n’est pas anodin non plus puisque les organes se synchronisent par rapport au rythme cardiaque. Le cœur est le chef d’orchestre du corps, il est la clé, et il est le lien, comme nous le verrons.

Enfin, posséder une conscience n’est pas une propriété humaine. Et nombre d’observations comportementales montrent par ailleurs qu’une multitude d’espèces développent une “théorie de l’esprit”.

Tout ceci étant précisé (façon hémisphère gauche du cerveau), au sein de l’expérience de conscience il y a la petite étincelle (perception de l’hémisphère droit) qui peut être comprise et pensée comme synonyme de vie intérieure en interaction avec l’extérieur au delà du processus de métacognition cher à l’humain (c’est à dire penser sur ses propres pensées, avoir un retour réflexif sur soi-même).

En latin classique “conscientia signifie “connaissance en commun” ou “avec une connaissance”. Peut-on imaginer que la Conscience soit l’expression d’une intrication, d’une connexion à une base commune de données ou d’un lien organique ? Peut-on penser une connaissance en commun, une richesse immatérielle universelle, qui serait là, partagée, accessible, organique ? Une Connaissance qui ne serait pas à découvrir dans un grand livre déjà écrit par d’autres, qui ne serait pas à inventer, mais qui s’offrirait dans un terreau commun comme une bibliothèque d’informations dynamiques en somme ?

Voilà en tout cas qui peut renvoyer à l’approche holistique de civilisations ancestrales ou au monisme (physicaliste, idéaliste, dualiste ou neutre), ce principe philosophique avec plusieurs nuances qui dans sa version moderne soutient le postulat d’unicité de la substance qui compose l’Univers. Ce qui est constaté scientifiquement depuis Albert Einstein. Ne nous lassons pas de le dire : l’Univers est un objet et pas une enveloppe. Il n’y a pas de vide, tout est plein. Nous ne sommes pas dans un Univers, nous sommes partie intégrante d’au moins un Univers homogène et isotrope, d’un Tout.

Ce que le pré-socratique Parménide (-VIe siècle avant J.-C.) pressentait avec une philosophie de l’harmonie universelle. L’homme sage doit trouver sa place dans le Cosmos, faire partie du Tout Universel, et plusieurs chemins s’offrent à lui, expliquait-il. “Il faut que tu connaisses toutes choses, et les entrailles incorruptibles de la vérité persuasive, et les opinions des mortels qui ne renferment pas la vraie conviction”, écrivait Parménide. Autrement dit, il faut connaître tout le panorama, la lumière et l’ombre : à la fois la vérité absolue, brute et primordiale du Tout universel et la vérité relative des humains qui composent avec ego, mental et émotions leur propre conscience et par rebond, leur propre récit ou auto-narration (le jeu des acteurs en somme).

“Être” est le préalable de la pensée éveillée qui permet d’éprouver la totalité sans illusion, organiquement. Une pensée alignée sur les onze dimensions. En vertu de la fractalité et de l’intrication générale, la Vérité universelle se perçoit dans les entrailles. Le Tout se découvre au plus profond de l’indicible. Il se cherche en soi. Et se trouve là où le sens l’emporte sur le non-sens et l’être sur l’avoir.

Faisons un break. Ouvrons une parenthèse sociétale pour remarquer que la “tendance” affirmée chez nos contemporains est à la dissociation (distinction par le “je suis différent”) et à l’opinion (“moi je sais”) construite par une supposée perception sensible qualitative (“ce que je vois moi est la vérité”)… Ce qui répond au double besoin de se sentir singulier et de se projeter comme une plus-value (reconnue ou pas) au sein du groupe. La tendance majoritaire dans notre société de plus en plus connectée est de s’écarter de l’Être pour privilégier l’opinion dans une forme d’exaltation, par la prise de position dans le débat ou la polémique du moment par exemple. Il s’agît globalement d’imposer son auto-narration inspirée par le mental et l’ego dans le village global. Cela tout en sachant les turpitudes du bavardage en ligne sur les réseaux. Cet ensemble de pensées collectives et singulières constituent des vérités relatives. Celle des interprétations. Nous baignons dedans mais aucune ne renferme “la vraie conviction”. Par définition, une opinion n’est pas la vérité brute qui elle, est organique, universelle. La Vérité n’est pas une construction intellectuelle. La Vérité ne se décrète pas, ne s’impose pas. Une opinion ne sera jamais autre chose qu’un jugement. N’oubliez pas la proposition : Persévérez. Percez et vous verrez… Et ne tentez pas de pousser de toutes vos forces sur une porte qu’il faut simplement tirer.

Miroir de la réflexion intérieure

Précisons ou soulignons avant de poursuivre : chercher en soi, ce n’est pas se lancer dans une analyse psychologique avec ou sans une aide extérieure. Ce n’est pas se lancer dans une thérapie pour remettre de l’ordre. Ce n’est pas faire une introspection pour démêler le pourquoi du comment ou établir des causalités. Ce n’est pas cristalliser des problèmes par le Verbe. Ce n’est pas non plus comprendre comment s’est construite la prison dans laquelle on peut se sentir emprisonné(e) mais de s’en évader sans chercher un démantèlement pierre par pierre. On ne guérit pas avec ce qu’on sait mais avec ce qu’on est.

Chercher en soi, c’est trouver la matière première pour mieux décomposer l’ego – certes structurant lors de sa toute première partie de vie – et se défaire du mental. Cela afin de se rapprocher en adulte de l’essentiel, du réel, dans un deuxième puis un troisième temps, ce dernier permettant d’éprouver véritablement LE lien organique, la continuité (et non la contiguïté), car l’Homme et l’Univers sont de même nature. Une même chose avec une infinité de visages.

Chercher en soi n’est pas exclure ce qui est extérieur bien que cela permette de se détacher de l’espace-temps. Non, c’est chercher la synthèse, l’osmose (l’influence réciproque, l’interpénétration) depuis sa place qui – si modeste soit-elle dans l’objet Univers – est le point à partir duquel chacun peut prendre conscience d’Être. La porte menant à la Connaissance universelle, à l’évolution, à la pierre philosophale est en nous. Si nos deux yeux nous donnent à voir l’extérieur, un troisième œil orienté vers l’intérieur nous relie au Tout. Mais encore faut-il écarter les barrages, les obstacles intérieurs qui obstruent, à savoir l’auto-narration ou l’histoire écrite par le mental et l’ego à base de causalités dans un monde déconfit (des conflits). Celui qui ne descend pas ne remontera pas. Et si l’humain tend aisément vers l’ombre il peut paradoxalement rechigner devant la lumière. D’où la pertinence d’être l’alchimiste de son être intérieur. L’évolution est une mission naturelle et individuelle, non transférable à autrui.

Que répondez-vous si on vous demande de vous présenter ? Vous donnez votre nom, votre situation maritale, votre âge, votre profession… vous parlez parcours et biographie pour vous placer sur la carte sociétale. Satisfaisant ? Réel ? Est-ce cela que vous sentez au plus profond de vous ou ces données ne sont que périphériques ? Votre place dans la société, votre rôle, votre profession, est-ce cela qui vous fonde et vous anime ? Ce que vous faites en société passe avant ce que vous êtes primordialement ? Est-ce bien cela votre identité ?

Le précepte delphique “Connais-toi toi-même” mène ailleurs : aller toucher ce que par essence chacun peut porter en lui dans ses tréfonds : “Connais-toi toi-même”… “et tu connaîtras l’univers et les Dieux”. Ce que l’on retrouvera autrement chez Ibn ‘Arabī : “Ô toi qui cherche le chemin qui conduit au secret. Reviens sur tes pas car c’est en toi que se trouve le secret tout entier.” Puis par exemple Carl Gustav Jung : “Tu n’y verras clair qu’en regardant en toi. Qui regarde l’extérieur, rêve. Qui regarde en lui-même, s’éveille.” Les vraies lois, le résumé de l’Univers entier, se découvrent à l’intérieur, l’illusion est à l’extérieur. Comme pour le trou noir. Avec un horizon des événements pour frontière infranchissable (“Rien de trop”). C’est un avec un œil renouvelé, vers l’intérieur, qu’il est possible de contempler l’intimité de la Nature.

“L’imagination (du latin imaginatio, “image, vision”) est plus importante que la connaissance. Car la connaissance est limitée, tandis que l’imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l’évolution”, disait Albert Einstein. Par imagination il faut entendre les représentations imagées générées par l’esprit, et non pas par les yeux. C’est à dire, ce qu’il est possible de trouver au plus profond, dans ses propres entrailles, comme un trésor, grâce à l’inspiration, l’attention et l’intention. L’imagination peut générer mais elle peut aussi et surtout révéler ce qui existe.

Souvent nous ne mesurons pas le sens de ce qui nous arrive, de ce qui émane, par manque d’attention. Nous n’en avons pas conscience. Or l’attention est le déclencheur en série, et la juste intention le garant de la (bonne) direction. Chaque expérience est une forme d’apprentissage. Mais le plus important, encore plus que le chemin, c’est la destination.

Les symboles, mythes ou archétypes peuvent servir de générateurs en tant qu’énergies vivantes dans notre école de la vie. Exemple. Imaginez. Il est midi. Le soleil est à son zénith. Il n’y a pas d’ombre. Pas encore. C’est la bascule dans votre cheminement qui a débuté à l’aurore (heure or) et qui doit vous mener vers un magnifique crépuscule. Debout, fixe, tourné(e) vers l’Orient (l’Est) vous laissez passer “le temps”. Votre ombre se développe et grandit sous vos yeux. Vous êtes, vous avez conscience d’être, vous avez conscience du monde en quatre dimensions (hauteur, largeur, longueur et temps), vous avez aussi conscience de faire partie du vrai monde qui se moque des conventions, coutumes, dogmes et lois humaines. Votre Vie dans ce vaste monde est le moyen d’évoluer en tant qu’Être hors du jeu des interactions sociales. Votre Vie a pour terrain de jeu la matière, l’espace et le temps, autrement dit tout ce qu’il vous est donné de percevoir avec vos sens et votre cerveau. Mais ce terrain de jeu, qui se révèle à partir d’une simple ombre, doit servir de cadre d’apprentissage pour mieux percevoir, se reconnecter. Cela afin de permettre à son “architecte” intérieur de synthétiser, réunir “ce qui est épars”, fusionner, y compris hors du cadre, par exemple par une expérience de pensée qui permet à la Connaissance de prendre le pas sur les savoirs.

Expérience de pensée

J’espère que cette lecture se déroule bien, qu’elle vous est assez agréable. Poursuivons avec ce pas de côté qui peut donner accès aux vraies lois. “La connaissance s’acquiert par l’expérience (de pensée), tout le reste n’est que de l’information”, disait le fameux et incroyable Albert Einstein, qui nous accompagne. Décryptons.

La physique moderne est née avec des acquis mais sans données, sans informations. Elle est née dans l’esprit d’hommes brillants avec l’aide d’une méthode atypique : l’expérience de pensée (thématisée par Ernst Mach). C’est à dire “une manière de résoudre un problème en utilisant la seule puissance de l’imagination humaine parce que les conditions de l’expérimentation ne sont pas réalisables”, comme la définit Wikipedia.

Pour faire simple, il s’agît de se dire à partir de quelques éléments : “que se passerait-il si… ?” Et d’essayer d’apporter – en se laissant porter par son esprit – des réponses viables qui peuvent aller au-delà de ce que nous observons. Donc par l’imagination. Car “le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément”, souligne Etienne Klein, brillant philosophe des sciences chez qui je pioche la partie historique suivante :

On nous dit à l’école que les faits sont premiers. On nous apprend aussi que s’il y a une contradiction entre les faits et les lois, c’est que les lois sont fausses. Mais ce n’est pas… si vrai. Toutes les lois de la physique moderne contredisent les informations perceptibles. Elle sont cachées derrière les phénomènes observés et les contredisent. Pour les trouver, il faut s’écarter du réel empirique – qui reste toujours l’objet d’interprétations – et faire des hypothèses. Et ensuite les tester spécifiquement. Il faut réussir à imaginer ce qu’on ne voit pas. Et même par exemple penser le principe d’inertie qui ne s’applique nulle part dans l’Univers puisque le vide n’existe pas. On ne trouve du vide nulle part. Il y a de la gravitation partout.

Penser le vide, c’est ce que Galilée a pourtant fait. Ce qui lui a permis d’énoncer la théorie de la chute des corps en 1604. Ce physicien et astronome a remis en cause les idées reçues par l’observation de la nature et les idées d’Aristote en la matière. Est-ce qu’au XVIIe siècle on peut mesurer la vitesse d’un corps qui tombe ? Non. Sait-on alors si le vide existe ? Non. La loi de Galilée ne résulte d’aucune information. Comment peut-on élaborer une loi contredite par les faits observables dès le départ ? Comment peut-on concevoir une loi au XVIIe siècle que même des algorithmes actuels ne pourraient trouver ? Par un stratagème, à savoir l’expérience de pensée, en imaginant la fiabilité d’une loi dans un contexte supposé.

Les corps les plus lourds ont tendance à tomber plus vite que les plus légers. C’était la vérité acceptée avant Galilée. Celui-ci laisse tomber une pierre dans de la mélasse, une autre dans de l’eau, une autre à l’air libre. Evidemment les vitesses ne sont pas les mêmes. Et il se demande : et s’il n’y avait rien, du vide… quelle serait la vitesse de chute de la pierre ?

Comme il ne peut expérimenter dans du vide, il doit le penser. Comme à l’époque l’Eglise envoyait vite sur le bûcher, il a pris la précaution de démonter au préalable l’idée qui voulait que les corps les plus lourds tombent plus vite que les plus légers. Il l’a démontée avec l’hypothèse suivante : si on attache une grosse pierre avec une ficelle à une petite, le poids est plus grand. Donc l’ensemble doit tomber plus vite, si l’on suit le postulat d’Aristote. Mais ce même postulat nous dit que la pierre plus légère va provoquer un effet parachute et ralentir la plus grosse. Le postulat se contredit. Il ne fonctionne pas car il dit que la grosse pierre va tomber plus vite ET moins vite. La solution: tous les corps tombent à la même vitesse dans le vide. Ce qui n’empêche pas qu’il y ait d’autres forces liées à la présence de l’air qui font qu’une feuille de pommier ne tombe pas à la vitesse d’une pomme. Galilée conçoit une loi juste en imaginant du vide qui n’existe nulle part. Il a fait un pas de côté.

Revenons à Albert Einstein. Il propose en 1915 une théorie de la gravitation générale. Cette même théorie qui a permis de déterminer les ondes gravitationnelles en 2016, un siècle plus tard. C’est la théorie d’Einstein qui, aujourd’hui, permet de faire de la cosmologie et de concevoir l’Univers comme un objet physique. L’Univers devient un objet avec des propriétés globales et non plus une enveloppe. Mais, en 1915, que savait-on de l’Univers ? On ne savait pas que l’Univers était en expansion. On ne savait même pas qu’il y avait d’autres galaxies (il y en a plus de 2000 milliards)… Par rapport à ce qu’on sait aujourd’hui, il n’y avait quasiment aucune donnée. Mais il l’a pensée. Il a fait un pas de côté.

La mécanique quantique a été formalisée dans les années 20. C’est celle qu’on utilise aujourd’hui pour définir la matière. Les découvertes qui ont suivi n’ont jamais remis en cause les principes initiaux. Que savait-on dans les années 20 sur la matière ? Très peu de choses… La mécanique quantique est née sans données. Avec un pas de côté.

« La Connaissance s’acquiert par l’expérience de pensée, tout le reste n’est que de l’information. » Il est fascinant de constater qu’on peut viser plus juste avec une expérience d’imagination. Autrement dit, il est possible de trouver en soi intuitivement et immédiatement de l’information par un état modifié ou altéré de conscience. En faisant un pas de côté. En cherchant justement en soi.

La Connaissance – par opposition au Savoir qui est donné comme un acquis établi par la communauté – est un rapport actif au monde, dynamique, intérieur. Il demande attention et intention. Une fois que l’on passe du Savoir (passif), qui repose plus sur la mémoire, à la Connaissance (active), l’inspiration s’enclenche comme une suite logique, une dynamique fabuleuse métamorphose la vie intérieure.

Autre exemple, Démocrite qui aux alentours de 440 avant J.-C., a pensé l’atome face à la mer et inventé le terme (a-tomos pour indivisible) en visualisant qu’un corps ne pouvait être divisé à l’infini. Ou sinon l’Univers et un simple grain de sable contiendraient également une infinité de mondes… Cette idée est née il y a 2500 ans environ par une expérience de pensée, par une inspiration face à la mer, le sable et le Cosmos.

Faisons une parenthèse, une halte. Nous ne sommes pas loin ici de la Gnose, avec la Connaissance qui est au-delà du perceptible, du Savoir, et qu’on peut trouver en soi. La Connaissance qui permet de s’ancrer et de s’élever. Pour Platon, la Connaissance ne peut être qu’immuable, et l’âme a cette Connaissance absolue, cette sagesse. Fin de la parenthèse. Reprenons.

Pour penser l’imperceptible, pour chercher ce que j’ignore, il vaut mieux, comme nous l’avons vu, laisser de côté déterminisme et causalités. Ce que nous invite à faire la physique quantique. Le raisonnement par analogie, le symbolisme, l’association d’idées, le laisser-aller, le laisser (re)venir à soi permet d’avancer plus sûrement que la déduction vers l’acquisition d’information. Vive la puissance de l’imagination en tant que méthode !

double

Notre connaissance de l’Univers est très parcellaire. Mais elle est suffisante pour comprendre que l’être humain n’y est pas central. Pas même au niveau de la Voie Lactée… Alors pourquoi partir du principe prétentieux que nos sens  le toucher, la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe – seraient capables de nous dire tout ce qui se passe à l’extérieur ? Notre peau, nos yeux, notre nez, notre langue, nos oreilles sont des instruments fantastiques, mais ils sont très limités. Ils sont adaptés à notre environnement, à notre contexte, pour donner une représentation de l’extérieur, pas pour nous donner accès au réel. Soyons raisonnables et adultes. Comment un impermanent global composé d’un nombre inquantifiable de facteurs sur onze dimensions représentant autant d’incertitudes pourrait être capté par nos sens humains et expliqué par nos logiques conditionnées ?

Nous sommes juste adaptés à notre milieu, notre environnement, pour interagir avec la matière ordinaire composée d’atomes. Il y a de la matière sur notre peau, et pourtant nous ne pouvons pas la sentir… Existe-t-elle ? Oui. Mais “le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément”. Tel le 0 qui est perçu pour du vide, du rien, alors qu’il est l’infinité des possibles.

Alors continuons d’avancer en mêlant – en toute humilité – savoirs supposés et surtout expériences de pensée. Le tout en misant sur notre patrimoine commun avec l’Univers puisque nous sommes partie de l’objet. Une chance. Une opportunité. Une porte. A ce niveau là, nos sens sont des outils pour imaginer, se connecter, voir. Et c’est par l’imagination que certaines portes s’ouvrent, comme nous l’avons vu. La Conscience a besoin de la vie pour évoluer.

Puisque la force de l’imagination fait sortir les semences de la Connaissance, puisqu’il est temps de tout reconsidérer et d’être en contradiction avec les habitudes trompeuses, les schémas et les croyances limitantes, penchons-nous “maintenant” sur une donnée de la vie humaine : le temps.

Le temps

Le temps est-il un concept, une production, une réalité ? Le temps est-il linéaire et avec une flèche ? Le temps est-il une succession d’instantanés ? Existe-t-il sans la mémoire ? Et l’Univers, a-t-il une mémoire ? Nous pourrions encore aligner les questions… Tentons “maintenant” des réponses.

Les scientifiques établissent en général que l’Univers a un âge au moins égal à 13.8 milliards d’années, et que la Terre s’est formée il y a 4.45 milliards d’années. Des chiffres parmi d’autres qui valident la notion de temps et de grande horloge. La fréquence d’oscillation de l’atome de césium étant la garante officielle du flux de temps dans le monde. Ou plutôt de l’heure. Car les horloges donnent une heure sans dire ce qu’est le temps.

Le temps physique n’a pas les propriétés que nous attribuons d’ordinaire à l’idée de temps, avec un rythme, un sens (un passé gravé dans le marbre, un présent fugace et un avenir incertain) ou des cycles.

En physique, aucune notion ne correspond au passage du temps. Le flux du temps est irréel bien que le temps soit aussi réel que l’espace. L’espace et le temps sont non seulement relatifs mais en outre ils sont liés : ils ne peuvent pas être définis séparément et forment un continuum à quatre dimensions, l’espace-temps (parmi onze au total). Mais pour reconnaître le temps ou son absence dans des constructions mathématiques, ne faut-il pas déjà le connaitre ?

La supposée irréversibilité (un œuf cassé le restera) pourrait faire de l’écoulement du temps un aspect objectif. Mais comme nous l’avons vu précédemment, “le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément”. En fait, nous n’observons pas un temps qui passe, nous constatons un succession d’instantanés, des états du monde qui changent. La nuance est capitale. Une montre mesure la durée entre deux états comme le mètre mesure des distances.

Le fait que la mémoire soit unidirectionnelle (on ne se souvient que du passé) pourrait nous laisser croire que cette unilatéralité est un écoulement du temps. Mais comme tous les temps sont réels, il ne peut y avoir d’écoulement. Il s’agît de perception, de conditionnement. La flèche du temps est le fait de notre mémoire. La mémoire est une lanterne placée dans le dos qui n’éclaire qu’une partie du chemin. En outre notre mémoire enregistre des états en supposant des causes qui produisent des effets. Ces inductions et déductions ont pour but de donner une cohérence au récit vécu, du lien qui fait sens. L’Homme a besoin de certitudes dans son auto-narration.

Oui mais, la physique quantique montre que la nature est intrinsèquement indéterministe. Un électron qui entre en collision avec un atome peut rebondir dans n’importe quelle direction sans qu’on puisse la prédire. Ce qui contredit une systématique causalité. Et oui, l’observation de l’infiniment petit (atomes et particules) peut surprendre et modifier certaines logiques… Parce qu’un électron peut avoir une infinité de positions dans l’espace, jusqu’à ce qu’une, en particulier, soit mesurée.

L’expérience dite de double fente (considérée par beaucoup comme la plus belle de la physique) nous prouve que la mécanique quantique est fondamentalement probabiliste. Or nos logiques sont construites sur des causalités alors qu’il faut comprendre que la réalité ne serait qu’aléatoire, faite de probabilités. L’ordre est fondamentalement indéterminé. Il y a même une superposition d’ordres : si une cause produit un effet, un effet peut précéder une cause. Mais ce n’est pas tout, la matière se constitue à partir de l’attention et de l’intention. Ce qui veut dire que notre acuité, nos pensées, nos sentiments, notre état d’être, ou encore nos objectifs ont une influence sur la réalité physique qui se déploie. C’est notre Conscience qui crée la matière (et non l’inverse) dans le cadre de son évolution.

Post hoc, ergo propter hoc, c’est à dire “à la suite de cela, donc à cause de cela”. Ce proverbe latin souligne ce biais cognitif qui consiste à prendre pour la cause ce qui n’est qu’un antécédent. D’où cette erreur courante de se baser seulement sur l’ordre des événements, de vouloir réfléchir par le biais d’une chaîne causale. Une approche pulvérisée donc par la physique quantique. La matière ne crée pas dans une forme de chaîne causale. Mais le cerveau humain ne peut s’empêcher de poser à posteriori des causes qui engendreraient des effets.

Autre élément pour reconsidérer le temps tel qu’il est appréhendé dans les vies courantes, la relativité de la simultanéité. Des horloges placées sur la Terre et sur Mars auront un rythme assez différent. Et seront donc automatiquement désynchronisées. Il n’y a pas de grande horloge cosmique. D’ailleurs, la précision des instruments de mesure permet désormais de constater un rythme différent en fonction de l’altitude sur Terre… La différence est négligeable et infinitésimale mais elle existe même en fonction des étages d’un building ! La gravitation étant plus forte au niveau du sol.

D’où provient alors notre intuition “humaine” du temps avec une grande horloge et une flèche ? Quel est ce tic-tac qui dicte nos vies ?

Le temps nous l’apprécions :

  • dans une structure linéaire
  • comme une droite sur laquelle chaque point représente un instant
  • avec un présent (seul instant réel) qui sépare le passé du futur
  • mesurable en secondes, minutes, jours, mois, années, siècles…
  • universel (le même pour tous) et indépendant

Or, tout cela est fondamentalement… faux. Le flux du temps n’existe pas globalement mais nous en avons la perception puisque nous sommes des êtres de mémoire dans un monde manifesté, matériel. En somme dans les dimensions où le temps a une existence.

D’ailleurs, Albert Einstein est passé par là. Il a découvert que le temps s’écoulait sur différents rythmes. Il n’y a pas un grand tic-tac mais des temps. Il y a autant de temps que de choses qui se meuvent dans l’espace-temps (les deux étant connectés). Le temps n’est pas une donnée universelle mais une expérience individuelle dans l’espace-temps. Il n’est donc pas extérieur à nous. Le mouvement par exemple affecte l’écoulement du temps. Nous ne nous en rendons pas compte parce que nos déplacements sur Terre sont trop lents pour qu’on le perçoive. Mais le temps et l’espace ne peuvent pas être perçus comme des choses distinctes. Ils ne font qu’un dans une structure quadri-dimensionnelle (sur onze).

L’idée derrière les équations d’Einstein est que l’espace-temps est comme un tissu que la matière et l’énergie déforment et font se courber“La matière dit à l’espace-temps comme se courber et l’espace-temps dit à la matière comment se courber”, expliquait le célèbre physicien John Archibald Wheeler.

La physique quantique est également passée par là. Nous savons que le temps n’est pas universel, il est poli-rythmique, pas orienté et pas linéaire. Plusieurs temps pouvant se superposer. Comme la couleur, notre temps d’humain est une construction mentale pour interpréter le monde qui nous entoure et tenter une évolution (ou poursuivre une involution).

La notion intuitive que l’on a du temps serait issue du comportement des systèmes thermodynamiques. C’est “l’idée de temps thermique” proposée par le mathématicien Alain Connes et le physicien Carlo Rovelli. “Si cette vision est juste, le temps n’est, en somme, rien d’autre qu‘un effet de notre ignorance de l’état microscopique des systèmes macroscopiques”, écrit ce dernier. Les frontières du temps seraient les frontières des connaissances actuelles. “La véritable variabilité dans l’Univers n’est pas le passage du temps mais l’aléa du quantique”, ajoute Alain Connes.

« De même que la vie émerge de molécules organiques qui s’organisent, le temps pourrait émerger de quelque chose d’intemporel s’ordonnant » George Musser / Scientific American

Une des idées les plus fortes de la théorie des cordes (ou amas) est le principe holographique. Il suggère que notre Univers entier est un système de particules quantiques qui interagissent. Rien ne se touche, rien n’est vide, tout est interconnecté, actif et vivant, composé d’énergie. Toujours.

Le 12 juillet 2019 a été réalisée la première photo d’une intrication quantique par l’Université de Glasgow, avec un système de lasers et de cristaux. Deux particules ayant interagi à un moment de leur existence forment, sans contact, un seul système. L’état de l’une donnant l’état de l’autre, en se moquant de l’espace et du temps. En effet, si deux éléments évoluent identiquement à un instant donné et plus vite que la vitesse de la lumière qui pourrait transmettre une information de l’un à l’autre, c’est que l’intrication est totale et qu’il y a des dimensions hors de l’espace, donc du temps.

Quant à la gravitation quantique à boucles (théorie mathématique qui définit la structure granulaire), elle mise sur l’absence de temps et d’espace. Les boucles sont l’espace lui-même, elles ne sont pas dans l’espace. Le temps et l’espace ne sont pas des réalités, ne sont plus des paramètres. “C’est la partie la plus difficile à digérer parce que nous avons l’habitude en physique et dans la vie de tout organiser en tant que temps qui passe, expliquait en 2013 le physicien Carlo Rovelli sur France Culture. Avec la relativité d’Einstein et beaucoup plus avec la gravité quantique cette façon de penser le monde ne tient plus. Il n’y a pas un temps général dans lequel tout se passe. Notre idée intuitive du temps n’est pas correcte. Toute l’évolution de la grande science passe par des pas qui sortent de la perception intuitive du monde.

La théorie des boucles nous dit que dans l’infiniment petit on trouve une agitation intrinsèque et que c’est la création de nœuds à ce niveau qui constitue l’espace et le temps. Les énergies qui se nouent créent une topologie non visible dans le vide mais qui sont le support de toute l’information. Tout vibre, sans cesse. Tout est vibrations, avec des intensités différentes. Ce que disaient les Alchimistes d’ailleurs il y a de nombreux siècles.

Une adaptation

Ceci étant dit, en attendant, nous avons besoin de notre perception humaine pour vivre “ici et maintenant” opérationnellement le quotidien, dans le cadre de notre auto-narration. Notre concept de temps, nous en avons besoin socialement même si globalement il est incorrect. Nous avons besoin dans notre monde (fait de dualités) que la flèche du temps soit unidirectionnelle, même si c’est factuellement faux. Nous avons besoin de cette déformation de la réalité car elle est bien utile pour évoluer “au quotidien”. Nous, humains, avons besoin de durées de temps et d’échelles d’espace pour former des structures, nous avons besoin de causes et d’effets pour interpréter, nous avons besoin d’un moteur, nous avons besoin de séparations spatiales pour que nos corps puissent se penser comme des enclaves au sein d’un monde. Nous créons notre environnement virtuel et dynamique.

Dans notre ergonomie propre, nous “roulons” sur deux rails. Le premier est le “temps du corps”, il est géré par l’horloge de l’hypothalamus. C’est le métronome biologique avec lequel nous organisons nos journées, les temps d’activité comme les temps de repos. L’autre rail est le “temps de l’esprit”. Il permet lui de considérer le passage du temps. L’ennui l’allonge en termes de perception, le partage avec des proches l’accélère, le bonheur le suspend, pour prendre quelques exemples communs. Le “temps de l’esprit” s’occupe du traitement mais aussi de l’archivage des faits en souvenirs, c’est la mémoire. Le “temps du corps” nous donne le tempo, le “temps de l’esprit” la direction de l’histoire.

Si le temps n’est pas linéaire, orienté et universel, comment est-il ? Et que faut-il comprendre au final ?

Dans notre monde très “digital”, nos ordinateurs, tablettes, smartphones utilisent un système d’exploitation (souvent appelé OS comme Operating System) qui permet de déchiffrer, d’interpréter et de comprendre des ressources. Un peu de la même manière, notre cerveau, assisté par nos cinq sens, se concentre sur un seul laps de temps à la fois (appelé présent) et relie des instants pour créer de lui-même une réalité linéaire sur une flèche du temps. Pourquoi ? Potentiellement, notre cerveau offre une ergonomie (un environnement optimisé) à notre esprit pour qu’il puisse travailler à sa survie, mais pas que, à son évolution aussi. La modélisation permet de vivre une réalité à la fois.

Dans un monde où des applications et des solutions traitent des quantités gigantesques de data, il devient plus aisé d’intégrer, d’appréhender, de comprendre cette approche ergonomique, ce moyen commode de conceptualisation humaine du temps. Le cerveau crée un support, un contexte, et tente de mettre un ordre pour proposer une seule expérience de vie dans le chaos qu’est l’aléatoire. Il laisse croire à une maîtrise des événements par la causalité. Celle-ci laissant penser qu’on peut avoir la main sur le cours des choses. Ainsi l’humain se projette dans un avenir qu’il suppose logique. Il se met en action à partir de cette conviction.

Rendez vous compte, le présent n’est qu’un instant en référence… à nous-même. Ce qui distingue notre instant que nous nommons “présent” des autres instants, c’est notre présence, notre conscience de celui-ci. Tous les instants sont des présents et le restent. C’est pour cela que la notion de temps n’apporte rien à la mathématique, meilleur outil de représentation de la réalité qui n’est pas là pour combler les attentes humaines. Il n’est pas possible de définir UN instant présent. Votre présent peut être mon passé ou mon avenir que je vis comme un présent. Ils sont tous réels. Le passé n’a pas disparu et le futur existe déjà. Tout existe. La distinction passé-présent-futur est une illusion en quatre ou sept dimensions sur dix ou onze si on conçoit le zéro.

La remise en question de l’existence même du flux de temps tel que nous le “vivons” n’a rien d’anxiogène ou d’incroyable. C’est juste la réalité des choses. L’espace-temps est l’environnement nécessaire à l’expérience qui permet de prendre Conscience. L’expérimentation est en interaction avec l’expérimentateur. C’est ainsi. Ananké.

Et puis les vibrations et le mouvement permanent apportent après tout une dimension artistique, poétique et spirituelle à nos vies. L’inattendu est au pouvoir, la liberté est sur le sentier, l’involution et l’évolution forment un chemin, et la quintessence est au cœur et cœur de Tout.

Hypnotisés par les nécessités du commun, portés par une hypertrophie de l’ego, nous avons tendance à rechercher les détails des rouages de la causalité là où il n’est question que de probabilités. C’est un des apports de la physique quantique. Et il doit nous servir. Cessons de croire à une supposée causalité perceptible interprétable par les Sapiens. Tout nous dit que sur notre plan qu’il n’y a que des probabilités et que la Conscience nous écrit une histoire pour y mettre une forme de cohérence. Les certitudes qui accompagnent nos vies courantes sont à ranger au placard. Rien ne provenant de notre cerveau ne peut être sûr et certain (cette phrase ne porte aucune contradiction). Avoir des certitudes offre autant d’équilibre que marcher d’un pas assuré sur un sol givré.

D’ailleurs “la principale activité du cerveau consiste à produire des changements en lui-même, comme l’écrivait le scientifique américain Marvin Lee Minsky. Le cerveau emmagasine ce qui peut lui permettre de s’adapter afin de mieux (sur)vivre, il ne se préoccupe pas du réel. C’est d’ailleurs pourquoi les critiques sont plus retenues que les louanges. Les premières permettent une adaptation à la société, à l’environnement. Il est question d’adaptation à un milieu, pas de vérité absolue. La conception humaine du temps n’est qu’une habile adaptation parmi d’autres.

Habile, car au niveau quantique rien n’est stable, rien n’est déterminé, rien n’est irréversible. De quoi rendre fou tout adepte du confort intellectuel.

L’objet, quand il est en interaction avec un environnement, perd ses qualités quantiques pour devenir “classique”. Le fait même d’observer détermine la réalité émergente. L’attention est fondamentale dans le retour d’information.

A cela il faut ajouter le rôle de l’intention (qui est en soi déjà de l’information concrète comme les pensées ou les rêves). Elle joue sur la probabilité de réalisation d’un scénario plutôt que d’autres.

Notre libre-arbitre c’est l’influence active de notre intention sur des probabilités ou des scenarii, afin de se retrouver sur un point donné plutôt qu’un autre.

planck

Cette importance de l’attention et de l’intention dans le Devenir à éprouver, associée à l’intrication globale (tout est relié), donne force et vigueur à un principe de vie majeur. La plus noble des intentions connues étant l’Amour Inconditionnel, – Un A.I. plus puissant que l’Artificial Intelligence – la porter et la diffuser en tant qu’énergie ou information peut influencer positivement le cours des choses, aussi mouvant soit-il. Souci, des pendants, comme la peur ou la haine, existent. Et ces conditionnements peuvent aussi déterminer une réalité émergente. Evidemment, la réalité émergente n’est pas la même en fonction de ses influences (l’amour et la haine n’engendrent pas les mêmes choses). Nous sommes des cellules vivantes de l’Univers comme notre corps compte des milliers de milliards de cellules qui forment les tissus et les organes. Et “c’est l’intention qui compte”… L’expression porte plus de sens qu’on pourrait le penser. Ainsi, avec du feu on peut créer comme on peut détruire. Tout dépend de l’attention et de l’intention.

Tout est intriqué donc, l’infiniment petit est lié à l’infiniment grand. A vrai dire, micro et macro sont identiques, nous l’avons vu (“Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas”). Chacun est donc associé à ces différentes dimensions. En conséquence, en tant qu’infime parcelle de vie nous co-créons et participons grâce à notre libre arbitre. Nous rayonnons aussi.

Agir “justement” n’est pas combattre car cela renvoie à des conditionnements, à une forme de violence qui ne peut être un outil de régulation. Agir “justement” n’est pas s’opposer pour imposer ses vues égotiques, agir “justement” ce n’est pas dicter. Agir “justement” c’est simplement porter comme essence la plus noble des intentions, de manière détachée, et en toute liberté (sans être lié), en toute rectitude, en toute authenticité, et sans attente d’un bénéfice. C’est l’intention et l’attention éveillée. C’est le cerveau et le cœur qui n’alimentent plus le karma (fruit de l’ignorance) en désintégrant l’ego dans une perspective de calme et de Devenir. Car tout cela n’est qu’une question de Devenir, là où le macro et le micro se rassemblent, là où l’Energie et l’Éternité sont.

Difficile à croire ?

Vous regardez peut-être à cet instant l’heure sur votre smartphone, votre montre, ou sur une horloge… Vous regardez peut-être autour de vous. Et tout cela ne serait qu’une perception humaine ? Difficile à accepter ou à comprendre. Ainsi, notre socle de “vérités”, celui qui nous socialise, celui qui nous offre une grille de lecture sur le monde, ne serait donc qu’une simple représentation, des choses sensibles, une histoire produite par l’hémisphère gauche du cerveau ?

“Quand on s’est élevé des choses sensibles […] on est bien près de toucher au but”

Platon, Timée

J’imagine certains qui objecteraient : “Pourtant, via ses gènes, même un bébé sait que le monde est fait d’objets solides qui se déplacent quand on les pousse, sans jamais s’interpénétrer !” Effectivement. Il y a une approche innée, et elle est héritée de l’évolution. On la nomme “pensée objective”. Pour chacun d’entre nous le ciel – le jour, sans nuage, sans pollution ou éclipse – est bleu. Et pourtant, les couleurs n’existent pas. Ce qui ne veut pas dire que le fait n’existe pas. Une représentation est un fait, c’est une donnée, une information. Mais les lois physiques et universelles contredisent cette perception sensible. Les mathématiques décrivent plus certainement le réel. Or, nous fonctionnons en nous basant sur des présupposés liés à des croyances et des héritages d’information. La Vérité que nous croyons nue se compose avec un prisme propre. Le cerveau reçoit, traite puis transmet de l’information. Il ne la crée pas.

Les rapports au monde existent… et divergent. Il y a des conceptions de la vérité (adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense) comme il y a des évolutions dans les savoirs (notions admises par consensus et transmises par les sociétés). Et elles varient aussi en fonction du groupe culturel, religieux, politique, philosophique, idéologique, etc. On pourrait presque affirmer qu’à une illusion de vérité innée (celle du bébé), qu’à une illusion de l’ordre du sensible, s’ajoutent, par couches, différentes “illusions de vérité” qui se fondent sur des savoirs sélectionnés. Des opinions en somme. Comme autant de voiles. Autour des illusions et des conditionnements se réunissent des groupes dans un principe identitaire. Ou communautaire. Dans le but conscient ou inconscient d’une sécurisante socialisation par le biais d’une appartenance. Quand on partage la même vision que ses camarades, cela devient la réalité (voir l’allégorie de la caverne). Et on se bat pour imposer sa vérité.

Petit exercice. Vous avez probablement remarqué l’image animée ci-dessus et de vous-même vous avez fixé la croix centrale et perçu l’illusion d’optique qui se crée tant que vous n’avez pas cligné des yeux pour retrouver une vision plus globale. L’illusion de vérité est comme l’illusion d’optique. Quand on se contente d’un angle de vue et qu’on se fixe sur une seule chose, on manque de perspective et de hauteur.

Se réunir autour d’une des “illusions de vérité” du “grand catalogue” des conditionnements politiques, religieux, philosophiques, idéologiques, etc. renforce la cohésion du groupe et sécurise l’individu. Cet acte de socialisation en égrégore donne à l’individu la conviction qu’il “existe”, qu’il compte, qu’il apporte sa pierre, qu’il se protège, voire potentiellement qu’il a un certain pouvoir. Il crée du lien social et se rassure. Car, oui, le Sapiens est un animal social. Très social même. Animal assez démuni c’est par la technique (les outils) et des stratégies collectives qu’il a appris à mieux survivre et qu’il a pris “le contrôle” de la Terre, sans dominer la nature par ailleurs. Et son moteur est le récit même s’il tord la réalité. Quoi qu’il en coûte. Même si l’obscurantisme est au coin du bois.

Et si vous doutez de la puissance de frappe du récit sur le mental, souvenez-vous par exemple que Rome a établi sa puissance politique sur le christianisme (concile de Nicée en 325). D’une manière plus commune, quotidienne, voyez l’impact que peut avoir un film réussi par exemple. Bien ficelé en termes d’histoire, d’image et de son, une fiction peut faire couler des larmes sur des joues alors qu’un homme à la rue peut – dans le vrai monde – avoir des difficultés à recevoir un simple regard ou une attention au milieu d’une foule qui se déploie autour de lui.

“Celui qui raconte des histoires règne sur le monde” – Proverbe de la tribu Hopi

Constatez-le par vous-même, chaque jour, chaque être humain se plonge dans des quantités d’histoires via des séries, des films, des romans, des pièces de théâtre, des jeux vidéos, des actualités mises en scène, des discussions entre amis, des formes diverses et variées de story telling, etc. Baigné dans des histoires extérieures et de tous genres, l’Homme doit sentir que la sienne existe un peu et que son auto-narration a une valeur. Certains récits collectifs lui offrent une proposition de nouveau chapitre dans sa propre auto-narration. Inversement, quand il se sent hors du récit collectif, quand l’Homme ne se sent pas plus-value, quand son auto-narration se trouve face à une page blanche, il peut devenir rage, colère et/ou violence. Son narcissisme devenant coefficient multiplicateur.

“L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence.” – Averroès

Hors du roman national, des citoyens français ont crée un groupe avec une identité jaune sur laquelle chacun a posé sa définition, sa “vérité”, sans autre point commun que la colère. Chacun parlait en toute inflation devant les caméras au nom du groupe pourtant hétérogène avec parfois un ressentiment, un désir de revanche sur une élite supposée qui autoriserait un recours à la violence. A la kyrielle de versions qui s’autoproclamaient vraie vérité “au nom des Français” sont venues s’ajouter celles des observateurs. “La parole est à moitié à celui qui écoute, et à moitié à celui qui parle”, disait Montaigne. Où était la vérité absolue là-dedans ? Récits contre récits sous cloche. Mais la vérité n’a pas besoin d’interprètes, de traducteurs, de porte-parole. Comme elle n’est la propriété de personne. L’homme place par réflexe des interprétations, hypothèses, déductions, interprétations et conclusions sur la réalité qu’il perçoit pour en faire LA vérité. Réalité décrétée qui va entretenir ou générer chez lui un sentiment, un état d’esprit, un comportement ou une action.

Souci, l’Homme n’est porté que par son auto-narration tant qu’il n’a pas isolé l’ego, ce générateur d’illusions. On observe même qu’un individu peut valider (feedback) inconsciemment une donnée fausse quand son groupe lui transmet plusieurs fois alors qu’il pense initialement qu’elle est fausse (expérience de Asch). Mais il se range derrière le groupe quand il lui porte une estime et qu’il est (inconsciemment) dans son intérêt d’y rester. Une folie partagée peut donc se voir étiquetée “vérité”.

D’ailleurs, on remarque que les théories du complot connaissent une inflation lors d’événements riches en émotions (attentat, pandémie, etc.). On peut y voir des attitudes enfantines de la part d’adultes supposés qui se refusent à accepter une situation et choisissent de se donner un statut de clairvoyant, donc d’entrer dans le clan des héros de l’histoire en cours. Ce reformatage du réel offre l’avantage de s’attribuer un rôle dans l’histoire collective racontée. Le récit plutôt que l’Être. La socialisation plutôt que la solitude métaphysique. Le roman collectif plutôt que la vérité brute surtout si on en fait partie. Ou l’auto-narration comme vérité avérée.

“L’espèce humaine possède une capacité de pensée collective ou sociale, expliquait Pascal Huguet, du CNRS, à “Science et Vie”Notre vision du monde est très inspirée par les autres. Pour cimenter nos groupes d’appartenance l’évolution nous a dotés de l’aptitude à créer un récit collectif qui, même parfois dénué de réalité factuelle, acquiert la même “réalité” que les faits du monde physique.” L’Homme est ainsi. Une vérité relative peut être décrétée vérité absolue si elle le conforte. Il peut se battre, détruire en son nom sans réaliser que l’adversaire c’est aussi lui-même. Chacun pense avoir raison ou a de quoi justifier – après coup – pourquoi il a pu être défaillant.

“On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité, la vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière”

PLATON

Et puis construire seul(e) sa pensée de manière analytique ou analogique est plus coûteux en temps, en travail, et en énergie (le cerveau est énergivore et il tend à se mettre naturellement en mode économie, à chercher l’homéostasie). En outre l’isolement (de l’individu face à la totalité du groupe) qui en découle est moins utile socialement parlant, comme nous venons de le voir. Mais la liberté passe par là : changer et penser véritablement par soi-même, et trouver au bon endroit (son aiguille). Car la liberté c’est bien plus “Être” que faire ce que l’on souhaite pour satisfaire consciemment ou inconsciemment son ego. Il est plus facile de décorer sa cellule sociale d’illusions et de se sentir y exister que de retrouver le souffle ou la lumière au delà des apparences trompeuses et des incohérences acceptées et validées par le groupe. On peut choisir de juste exister dans une tribu, un troupeau, et chercher à avoir. On peut aussi décider d’être et d’évoluer dans une forme d’individuation. Il est possible d’orienter la structure et l’activité de son cerveau. Encore faut-il vouloir sortir du cadre social et collectif pour réaliser sa nature prégnante alors que le double objectif réflexe est la préservation et l’affirmation de sa personne dans la société.

Revenons à notre rayon “déformations de la réalité”, chacun sait d’expérience que le cerveau nous ressert des souvenirs transformés, revus et corrigés. Une mutation dictée par les autres expériences de vie, par les émotions attachées au souvenir en question, et dans l’intérêt propre du cerveau. Dans sa mémoire, on “imaginait les choses” comme ceci, comme cela… et on est surpris. “Je la voyais plus grande cette maison”.

Autre exemple, quand un événement susceptible de provoquer le recueil de témoignages survient (une agression dans la rue par exemple), on observe que les récits recueillis individuellement contiennent fréquemment des différences significatives (une machine au Natural History Museum de Londres permet aux visiteurs de le constater par expérience). Et pourtant, il s’agît d’un même fait brut à la base. Bref, il est bien difficile de démêler le vrai du faux. Même quand quelqu’un est certain d’être objectif, de bonne foi, et sûr de sa vérité. Rien n’est moins fiable que la certitude. Rien n’est plus utile que le doute fondamental. La Vérité a autant de facettes qu’il y a de regards sur une réalité.

L’occasion de rappeler encore qu’ici le but n’est pas de convaincre, d’agiter des arguments, de dicter quoi que ce soit, mais de proposer humblement quelques lignes d’expression en libre-service afin de piocher ce que l’on voudra bien hors des croyances limitantes, doctrines et dogmes. Et…

Sans ego (si effectivement on ne perçoit que quand on perd Soi)

Impérativement sans ego car on ne perçoit que quand on le perd. C’est l’idée. L’ego évince l’être et la sagesse primordiale pour nous faire croire que fondamentalement notre personne est une enclave, unique, une goutte d’eau indépendante et dissociée, le premier rôle, important et essentiel, celui qui compte. Or, on ne perçoit que quand on cesse de se raconter sa propre histoire, construite sur des causalités par son mental. Chacun a une étoile à suivre mais sa splendeur n’est perceptible que sans la pollution de l’ego.

“L’ego est moins ce que je suis que ce que je crois être.” – André Comte-Sponville.

L’ego est une paire de lunettes déformantes, une subjectivité, un filtre d’intérêt personnel conscient ou inconscient qui influe sur la perception, il est le fruit des habitudes construites depuis l’enfance. L’ego, c’est l’histoire que nous nous racontons, c’est un générateur de pensées et d’émotions qui cachent la réalité objective et obstruent le chemin. On peut à s’en détacher, s’en libérer par une dissolution du Moi, par un effeuillage, en ôtant ombre après ombre, tout en conservant un mental régénéré qui permet d’avancer sur le chemin de la Connaissance, du Soi, puis de la quintessence. Car la Connaissance n’est pas le but, c’est un moyen pour se recentrer, libéré du Moi (de l’ego), dans le Soi.

Un moyen aussi pour débusquer l’ego ? Quand il touche à la Connaissance, il cherche à briller plutôt qu’à éclairer.

Les principales dérives de l’ego – outre la paranoïa et la mégalomanie – se nomment :

  • l’égocentrisme (tendance à se placer au centre de tout, à tout rapporter à soi), qui est un trouble de la perception et du discernement,
  • l’égoïsme (attachement excessif à soi-même qui fait que l’on recherche exclusivement son plaisir, son intérêt personnel, la réalisation de sa volonté),
  • le narcissisme (amour excessif de soi, associant survalorisation de soi et dévalorisation de l’autre), qui est destructif.

Pour faire simple, l’ego est structurant dans une première phase de vie car il permet de s’animer dans une auto-narration. De se mettre en marche. C’est déjà ça. Il s’agît ensuite d’ouvrir les yeux et de le lâcher (comme une fusée à étages qui s’élevant se déleste), de s’en détacher pour progresser et avancer par une dissolution du Moi (sortir de l’histoire qu’on raconte et se raconte), par une prise de conscience d’un Tout qui existe même au niveau atomique, et par une quête d’essentiel, par une prise de hauteur qui permet de saisir l’unicité dans la diversité.

Se défaire de l’ego c’est trouver une liberté intérieure, démonter les croyances limitantes et les dysfonctionnements chroniques, se défaire des pensées et émotions imatures qui font barrage, oublier les normes, ne plus croire aux mirages, cesser de soumettre les autres à sa volonté personnelle, arrêter d’imposer son scénario. C’est comme mettre fin à un rêve, c’est à dire quitter une illusion que nous avons construite. Nous pensons le faire quotidiennement au réveil en ouvrant les yeux. Il est à faire réellement, c’est l’éveil. Une quête propre à l’adulte véritablement adulte. Avec des yeux d’adulte à ouvrir pour passer d’une réalité au réel, là où le “je dois” prime sur le “je veux”.

Nouvelle petite parenthèse. Des réseaux sociaux, comme Instagram, représentent un terrain de jeu mais et potentiellement de “je”. Stratégiquement, il s’agît d’une industrie de divertissement, de communication, mais aussi de culture de l’égocentrisme, de l’égoïsme et du narcissisme (grandiose) avec des shoots de likes. D’ailleurs les “selfies” y foisonnent. Et le mot français pour “selfie”, c’est pertinemment… “egoportrait”. Ce genre d’outil digital marqueur identitaire peut devenir un moyen de faire la promotion de soi. En cela, il peut enfermer. De la même manière troller – y compris anonymement – est un acte de dévalorisation de l’autre cher aux narcissiques. Bref, l’ego risque d’être revigoré par certaines pratiques digitales qui dopent l’auto-narration proposée à autrui. L’ego est toujours tiraillé entre son désir d’être singulier et celui d’appartenir au groupe. La story c’est la mise en ligne de son roman dans un amas de récits. Parenthèse refermée. Les réseaux sociaux peuvent figer l’ego et nourrir le petit mental alimenté d’illusoires petits soucis, de conflits insignifiants, et/ou de dépréciations en tous genres signées par de virtuels histrions de la comédie humaine.

Citons Matthieu Ricard, moine bouddhiste interprète du Dalaï-lama : “Si l’on vit avec le sentiment exacerbé de l’importance de soi, si l’on se représente l’ensemble de nos rapports aux autres et au monde en fonction de notre ego, on instrumentalise les êtres. […] L’univers apparaît comme une sorte de catalogue où l’on pourrait commander tout ce que l’on souhaite. […] On finit par être obsédé par le moindre plaisir et déplaisir.” Bref, on vit en consommateur ultime. En petit roi à qui tout est dû et qui revendique le trône. Ou comme un enfant. Mais pas comme un adulte éveillé… car, rappelons en passant quelques éléments vus auparavant pour donner plus de lucidité.

Lucidité

Un ou des Univers où tout est instantané, un temps qui n’est pas linéaire et dans lequel tout est simultané, des niveaux imbriqués et des effets en cascade, un enchevêtrement qu’on ne peut expliquer, une flèche du temps sans pertinence, la causalité remplacée par des probabilités, un monde indéterminé par essence, etc. etc. Nul besoin de continuer. La physique quantique comme la relativité remettent en cause nos logiques établies, nous l’avons vu. Mais avons-nous seulement réalisé l’importance de ces découvertes scientifiques dans nos approches du monde, de la vie ? La question mérite d’être posée puisqu’elle parait fondamentale. D’autant plus que les sciences “modernes” rejoignent désormais des sagesses “ancestrales”.

Et puis, il n’y a pas de temps physique car chaque objet a son temps propre. Il n’y a pas un gigantesque tic-tac. Depuis plus d’un siècle, on sait que temps et espace ne peuvent être appréhendés indépendamment. En fait, tout ne serait que corrélations qui ne dépendent ni du temps ni de l’espace. Tout n’est qu’un réseau immense et désordonné d’événements quantiques. Tout n’est qu’une création continue d’imprévisible nouveauté. Les particules atomiques n’ont pas de trajectoire déterminée.

La physique quantique nous apprend que l’aléatoire est fondamental. Il n’y a que des probabilités, pas de causalité sur notre plan. Les notions d’espace et de temps se sont fondues dans un espace-temps relatif à chacun. L’observateur n’est pas dissociable de l’objet qu’il observe.

Comme le dit Morvan Salez, docteur en astrophysique et techniques spatiales, “il n’y a pas de certitudes nous échappant pour cause de complexité, mais bel et bien une indétermination, un flou intrinsèque à la nature intime du monde.” Dans notre Univers, un atome peut se trouver à deux endroits à la fois, quelle que soit la distance. Deux atomes peuvent interagir, influer l’un sur l’autre, quelle que soit la distance, et les choses se produisent sans raison, en tout cas sans causalité. Revoyons notre copie ! L’Univers est fondamentalement imprévisible mais aussi granuleux.

Le vivant est tout autant probabiliste, assure Jean-Jacques Kupiec, biologiste et épistémologue français. La variabilité, l’inattendu… est la règle, de la molécule à l’Univers entier.

L’Homo Sapiens est au moins face à une “double vérité“… alors que rien n’est certain et qu’il s’agit de mettre des mots, ou même saisir l’ineffable. D’un côté on trouve une vérité relative, conventionnelle, consensuelle. Cette vérité est adaptée pour proposer un monde intelligible, facilement accessible et insatisfaisant. L’autre vérité est elle “absolue”, pour ne pas dire brute, et loin d’un ego illusoire… ego (striatum) qui pousse par exemple à l’acrasie (agir à l’encontre de son meilleur jugement, ce qu’on vérifie dans le traitement de consommateur infligé à la planète par l’espèce humaine). Mais quoi qu’il en soit la vérité ne s’impose pas contrairement au réel. La vérité de chacun est de sa propre compétence.

Si seul l’ignorant ne doute pas, dans notre conviction profonde la vérité teintée d’absolu est presque inexprimable. Si ce n’est que tout est UN, impermanent et n’existe qu’en interdépendance dans un vaste mouvement d’involution et d’évolution. L’attention et l’intention créent la matière comme le prouvent les expériences de physique quantique. Tout est vibrations et mouvement. Tout est séparé et confondu sur onze dimensions et les pôles cohabitent. Bienvenue dans le domaine des possibles (0) où une unification est justement possible dans le UN après avoir éprouvé des dualités. Toutes les portes y mènent. Et parfois des synchronicités s’en mêlent et créent un lien entre vérité relative et vérité absolue pour offrir un déclic, un intérêt, un état de lucidité.

Synchronicités

Définition : la synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit (Wikipedia).

Sur ce thème de la “coïncidence” entre une réalité intérieure et une réalité extérieure, Carl Gustav Jung (1875-1961), fondateur de la psychologie analytique, est par définition incontournable… puisqu’il a crée le terme après avoir travaillé avec le physicien Wolfgang Pauli. “La synchronicité, n’est pas une vue philosophique mais un concept empirique qui postule un principe nécessaire à la connaissance”, écrit-il. On pourrait parler d’un aiguillage : “Les couches les plus profondes de l’inconscient sont activées, ce qui met en route la métamorphose de la personnalité”.

La synchronicité est un moment décisif dans la perspective de l’accomplissement de son dessein (c’est le kairos des Grecs), du Devenir. Avec la synchronicité deux événements distants sont liés, au delà de tout. Rassemblés ils fondent une force substantielle (qui nourrit, qui est considérable, qui est essentielle). La synchronicité est le message (loin des dogmes) dont nous avons besoin pour nous rapprocher de la transformation que la Nature entend nous faire atteindre. Elle exige un peu d’attention dans la vie courante ou même les rêves.

Ainsi, par exemple, Elias Howe parvint à devenir, au XIXe siècle, l’inventeur de la machine à coudre en passant un obstacle majeur grâce à une association d’idées en provenance d’un rêve. L’Américain buttait sur l’aiguille et son chas. Aucune ne fonctionnait. Jusqu’à une certaine nuit… Dans son rêve, Howe s’imagina prisonnier d’une tribu africaine avec des lances d’une forme inhabituelle. Cette forme originale était la solution pour son aiguille ! Et une forme de clin d’œil au conte de Rabia al-Adawiyya. Sacré aiguillage s’il est perçu pour ce qu’il est !

“Des que tu avances sur le chemin, le chemin apparaît” disait le poète mystique persan Djalâl ad-Dîn Rûmî. La physique quantique ne dirait pas autre chose. L’intention et l’attention créent. Autrement dit : “C’est en frappant que l’on crée la porte.” (Agathe Maire/”L’hypnose et moi”/Ipanema).

L’Univers a-t-il une mémoire ?

L’Univers étant UN objet, il porte ontologiquement de l’information en lui. L’intrication étant totale, cette information est partout dans les champs répartis dans l’Univers. Donc accessible, donc intrinsèque. Si on peut supposer qu’au départ l’information était limitée, elle s’est enrichie aléatoirement par expérience, par agrégation, au fil des instantanés de l’espace-temps. L’Univers est porteur d’information. Il a donc une mémoire. D’ailleurs qui d’autre peut avoir une mémoire de tout ce qu’il est si ce n’est l’objet Univers lui-même ? Plutôt que mémoire, parlons plutôt d’un Big Data vivant, d’un bloc intégral de données, d’un vaste réseau d’informations dans lequel notre “présent” ne serait que l’expression de notre présence mobile sur celui-ci, tel le surfeur.

trou noir

Trous noirs et troublants trous blancs

Les trous noirs sont un mystère. Peut-être le plus grand car comprendre le phénomène du trou noir, c’est la clé. Où plutôt la serrure où mettre la clé… Rien ne résiste à un trou noir, pas même la lumière, pas même l’espace-temps. Il avale tout.

Le trou noir est entouré d’un “horizon des événements”, une frontière immatérielle qui représente un point de non retour. De récents travaux nous apprennent d’ailleurs l’existence de trous noirs supermassifs au centre de chacune des galaxies. Cela vaut évidemment pour notre galaxie, la Voie lactée. Notre trou noir supermassif central se nomme ainsi Sagittarius A*. Enchanté ! Les présentations sont faites.

Plus sérieusement, cette présence d’un trou noir supermassif au centre des galaxies n’est pas sans raison. Le trou noir en général joue un rôle fondamental dans le Cosmos. Scientifiquement, certains pensent que de cette singularité (rien n’existe dans un trou noir à part la gravité dans sa forme la plus extrême) on peut voir tout le “futur” de l’Univers (dans notre conception humaine du temps) ou plutôt tout connaitre de l’Univers puisque l’espace-temps n’y existe plus. Toute l’information (ou mémoire) y serait accessible. Possiblement, dans le trou noir, aussi petit soit-il, tout est aussi grand que l’Univers tout entier… La structure est invariante par changement d’échelle. L’infiniment petit contient l’infiniment grand de même que l’infiniment grand contient l’infiniment petit (principe de fractalité).

Et puisque – comme nous allons le voir – tout est séparé et confondu, le trou blanc, bien que non observé, est théoriquement pris très au sérieux par la communauté d’astrophysique en tant qu’opposé du trou noir à partir de la relativité générale et de la mécanique quantique. A l’opposé du trou noir qui ne fait qu’avaler la matière, avec le trou blanc la matière ne pourrait se déplacer que vers l’extérieur. Avec là aussi un horizon mais empruntable seulement de l’intérieur vers l’extérieur.

Ainsi si le trou noir aspire tout, y compris l’information, le trou blanc crée, et génère lui l’information (comme la matière noire parce qu’invisible). Ce qui est valable dans un sens l’étant dans l’autre, le trou blanc peut être compris comme une injection et le trou noir comme une récupération d’information après expérience dans l’espace-temps, cadre de la dualité permettant la Conscience. On ne pourra s’empêcher de faire une analogie avec la respiration. Le trou blanc est une expiration, le trou noir est une inspiration.

Selon des calculs, vu de l’extérieur du trou blanc/trou noir, cette boucle cosmique, cette respiration, se fait en 16 milliards d’années contre 1.4 milliseconde au niveau du trou lui-même. Les trous blancs (appelés aussi fontaines blanches) sont modélisés micro-physiquement par analogie de manière hydrodynamique à l’Institut PPrime du technopole du Futuroscope si le sujet vous intéresse. Pour finir avec ce thème, le trou blanc, qui est petit vu de l’extérieur mais vaste à l’intérieur, est la solution au “paradoxe de l’information”. L’évolution reste unitaire. Du grand Art.

“Qui est guidé par une étoile ne regarde jamais en arrière.”

Léonard de Vinci

Art

Vibrations, inattendu, aléatoire, harmonie, chaos, mathématique, conscience et surtout imagination, dans notre expérience de pensée exposée ici, tout renvoie à l’Art. Alors parlons Arts. Parce qu’ils peuvent être une porte menant à l’essentiel – la résonance intérieure – par l’intuition et l’imagination, par une rupture avec l’inertie paralysante du quotidien ou les croyances limitantes. Parlons musique par exemple. Et des 7 notes.

L’astrophysicien David Elbaz nous dit : “Il y a des résonances de la même manière que la musique contient des résonances qui vont bien au delà de ce que nos oreilles sont capables d’entendre. Peut-être qu’en laissant la musique nous imprégner on retrouvera cette musique originelle de nos cellules, de nos atomes. On sait depuis peu que la lumière dans l’Univers naît de la musique. A son origine il y avait une vibration qui se propageait dans l’Univers et cette musique cosmique primordiale s’est arrêtée d’un coup 380.000 ans après le Big Bang. Les notes de musique sont restées cristallisées sur place pour s’effondrer sous la force de la gravité et donner naissance aux étoiles et aux galaxies. C’est donc de cette musique qu’est née la lumière. C’est cette harmonie primordiale qu’on essaie de retrouver avec humilité.” Qui sait ce que nous entendrons si un jour nous parvenons à écouter la symphonie cosmique ? Mais ne l’entendons-nous pas parfois ?

A trois ans à peine, Wolfgang Amadeus Mozart avait l’oreille absolue et probablement une mémoire toute aussi absolue. Il était capable de déchiffrer une partition et de la jouer parfaitement. D’où venait ce don ou cette prédisposition à avoir accès à un réservoir d’informations ?

Pensons cette musique primordiale (telle une information primordiale à portée) comme capable de donner une émotion primordiale (ou nostalgique) à celui ou celle qui l’entend. Et si la réaction intime provoquée par des notes, un air de musique, était le résultat d’une résonance ésotérique avec une information primordiale que nous porterions en nous ? Cela comme un souvenir permanent, éternel, inscrit au plus profond. Une madeleine. Ce frisson, cette émotion, cette joie que peut nous offrir la musique – comme d’autres arts – viendrait de très loin (c’est une image car le son ne se propage pas), et surtout de très près… En fait elle serait là-bas et ici, en nous-mêmes. Comme un souvenir d’une donnée prénatale. Il y a une musique vibratoire dans la musique qui fait qu’il ne s’agit pas d’une succession de sons.

Dit autrement, de manière plus matérialiste et moins spirituelle ou artistique, c’est une information primordiale, une réminiscence au delà de données culturelles ou sociétales, qui ferait que des signaux électriques entre l’oreille et le cerveau produisent une réaction profonde face à une véritable création elle-même étant réminiscence. Cela s’entend si on admet que tout est essentiellement constitué d’information, d’énergie plus que de matière, hors du temps et de l’espace, sur onze dimensions.

Tentons de le dire plus simplement en restant sur la musique : si un air touche une corde sensible chez nous (et chez d’autres), c’est qu’il la faite vibrer en renvoyant à une information universelle inscrite en nous et l’auteur. Une semence originelle. Un souvenir. Une nostalgie. Une évidence. “Vous me demandez d’où viennent mes idées (musicales)… Ce qui touche le cœur doit venir d’en-haut, sinon, ce ne sont que des notes, un corps sans esprit”, disait Ludwig van Beethoven. L’âme profonde de l’Homme est aussi âme profonde de l’Univers.

L’art naît de l’inspiration, de l’imagination, il vient de l’intérieur mais il est connecté avec l’extérieur, qui n’est qu’une même chose. L’art est harmonie, ordre et chaos, il est imprévisible, il naît de l’impermanent mais renvoie à des fondamentaux, il dépasse les croyances limitantes. Il est primordial (lié à l’origine) et primordial (de la plus grande importance) car il permet de ressentir des vibrations, celles qui touchent au cœur. C’est pourquoi il ne peut être qu’authentique et sans calcul pour éternellement résonner. Comme l’amour, l’art véritable est inconditionnel et porte une forme de réminiscence, d’évidence. L’intention qui le porte est essentielle, quelle que soit la forme, de l’expression corporelle à la poésie, du récit à la sculpture, de la musique au dessin, en passant par la peinture à l’eau. Tout ce que l’Homme entreprend doit être un mouvement qui va de l’intérieur vers l’extérieur. L’émotion (du latin motio = mouvement et de e = qui vient de) est un mouvement provoqué par une source extérieure qui devient un déclencheur intérieur. Car depuis son origine, l’Homme est un être divisé (ignorant de lui-même) dans un environnement qu’il croit tout autant divisé, mais qui fondamentalement est Un.

Le sens de l’eau, cycle et analogie

L’eau, c’est la vie. Cet élément – que nous croyons en général bien connaitre – nous fait (il est 70% de notre volume, 90% du volume de notre cerveau, 99% des molécules de notre corps). 

L’eau a des particularités peu connues du grand public. L’eau contient de l’information (puisque tout contient de l’information). Un constat issu des travaux de Jacques Benveniste dans les années 80, inspirés de chercheurs russes, et repris par le célèbre Luc Montagnier, prix Nobel pour avoir découvert le virus du Sida. L’eau peut capter et émettre des ondes électromagnétiques, a constaté le scientifique, quitte à indigner certains biologistes peu au fait de la physique. Et par conséquent détenir et recevoir de l’information par des fréquences. Une découverte qui aura été révolutionnaire.

Marc Henry, enseignant-chercheur à l’Université de Strasbourg, explique le processus (via ce qu’il nomme le “domaine de cohérence”) : l’information se fixe dans le vide (qui ne l’est pas puisque ce qui le compose n’est juste pas visible) ou autrement dit dans un espace de stockage au sein d’un assemblage de millions de molécules d’eau. La matière ne peut pas entrer dans cet espace mais les ondes électromagnétiques, oui. Et c’est ainsi que l’eau peut détenir ou recevoir de l’information. Comme nous sommes composés d’eau les informations enregistrées et enregistrables dans notre corps peuvent atteindre des quantités exceptionnelles, à l’échelle de celui-ci. Dans l’Univers comme dans l’eau l’information se fixe par l’intermédiation de champs. Les informations sont partout, sans lien avec le temps ou l’espace, mais nous ne les percevons pas avec nos sens même si par milliards elles nous traversent.

Ce qu’il faut savoir également ou se remémorer (et retenir pour la suite), c’est que l’information ne se détruit jamais. Elle peut être transformée, modifiée, enrichie, complétée mais pas détruite. Il en reste toujours quelque chose.

Le cycle

L’eau se recycle en permanence sur Terre. Des centaines de milliers de km3 d’eau s’évaporent chaque année des océans, des eaux de surface, des espèces vivantes, sous l’effet du soleil pour aller dans la biosphère, et sous forme de vapeur d’eau dans l’atmosphère. La condensation permet la formation de nuages (liquides parfois solides). Des centaines de milliers de km3 retombent (pluie, neige, grêle, rosée) sur Terre sous la forme d’eau douce. Cette eau tombée du ciel, quand elle ne s’évapore pas rapidement, alimente les nappes et les rivières souterraines, rejoint par ruissellement les cours d’eau et les océans. Cependant, certaines rivières s’assèchent progressivement en arrivant dans une zone aride, et n’ont pas d’embouchure à proprement parler. L’eau, sous sa forme liquide, sur Terre, peut connaître un cycle court ou peut passer 10 ans dans un lac, par exemple. Elle peut passer plusieurs dizaines de milliers d’années dans des nappes souterraines profondes. Ou se transformer en glace et passer mille ans dans une calotte. Bref, il existe une multitude de parcours. Mais bel et bien un cycle. De la Terre au ciel, du ciel à la Terre.

Et l’analogie

L’analogie est tentante… Comme la composition et la croissance du chêne correspondent à l’expansion de l’Univers, ne pourrait-on pas faire un nouveau parallèle… entre le cycle du vivant et le cycle de l’eau ?

Prenons par exemple chez les êtres vivants l’Homo Sapiens. Ce sera plus simple et cela colle bien au profil des lecteurs de ce texte… Imaginons que chaque humain soit une goutte de pluie qui tombe sur une terre quelque part. Il est de l’eau douce, nouvelle, mais chargée d’information. Une simple goutte d’eau parmi d’autres. Il peut être une goutte éphémère, ou pas. Les parcours, expériences, périples sont multiples (restons au présent), heureux ou malheureux. Notre goutte peut se retrouver dans un beau ruisseau ou dans un cloaque pollué. Ce passage sur la terre ferme permet d’engranger de l’information, de transformer ou d’enrichir l’information déjà écrite. Puis la phase terrestre touche à sa fin. La lumière du soleil et sa chaleur permet l’élévation de notre goutte (d’eau douce ou salée) qui redevient autre chose avant de repartir possiblement dans un nouveau cycle… par condensation… puis grand saut dans l’inconnu, autrement dit retour sur Terre sous la forme d’eau douce. L’information inscrite lors des précédents cycles reste enregistrée mais notre goutte d’eau douce est nouvelle. Elle repart dans des aventures qui lui apporteront – ou pas – plus d’information.

Dans cette analogie essence-substance, certains voudront établir un lien avec le principe de réincarnation, mais nous voyons plutôt une onde sinusoïdale ou mieux encore une spirale dans un double processus d’involution puis d’évolution sur dix niveaux vibratoires. Pourquoi pas un cycle circulaire ? Parce qu’il y aurait une forme de retour à un point initial vierge d’information nouvelle. Cela ne colle pas. L’idée d’agrégation peut paraître plus pertinente. C’est à dire le processus par lequel des fragments se lient entre eux pour former un amas, cycle après cycle dans ce cas précis. L’agrégation est d’ailleurs un principe créateur qui permet – dans l’Univers comme dans l’eau – de fixer de l’information par l’intermédiation de champs. Un processus d’évolution. De l’information qui se transforme et s’enrichit.

Et si comprendre l’eau – donc 99% des molécules de nos corps d’Homo Sapiens – était fondamental ? L’eau est source de vie, moyen de purification et source de régénération. Comme la Terre, l’Air et le Feu, éprouver l’Eau est essentiel. Là où il y a une source d’eau qui coule, tout s’organise.

“L’âme de l’homme est comme l’eau : elle vient du ciel, vers le ciel elle remonte, puis elle revient sur terre.” Johann Goethe

Eau d’en-haut et eau d’en-bas, eau douce et eau salée, d’une chose découle une dualité qui offre un miroir synonyme de soi-conscience. Un processus de différentiation comme outil d’ involution puis la coïncidence des opposés (coincidentia oppositorum) comme processus évolution. Le monde dépend de l’interaction entre les contraires.

antimatière

Séparé et confondu, mais toujours Un

“En physique quantique, la dualité onde-particule exprime le fait que la lumière et la matière présentent simultanément des propriétés d’ondes et de particules” (Wikipedia).

Et si dans ce grand Un, indéfinissable, qui va au delà de notre Univers, au delà de ce qui présente à nos sens, tout allait de… paires séparées, liées et confondues. Visibles et non-visibles. Semblables et dissemblables. Comme l’expliquent finalement des sagesses ancestrales. Comme le constatent finalement les sciences, avec pour dernier exemple la découverte que les étoiles naissaient par paires. Telle la matière et l’antimatière. Séparés et confondus avec pour déclencheur la dualité qui est la condition de l’avènement de l’espace-temps. Le pré-requis pour l’involution et l’évolution vers l’unité. Le reflet altéré (du miroir) comme cadre de l’expérience consciente.

Séparés, liés et confondus comme le Yin et le Yang. Comme le manifesté (1) et le nom manifesté (0). Comme l’ordre et le chaos. Comme le conscient et l’inconscient. Comme Jekyll et Hyde. Comme le chaud et le froid. Comme le sec et l’humide. Comme la faiblesse et la force. Comme le dense et le subtil. Comme la matérialité et la spiritualité. Comme l’essence et la substance. Comme le macro et le micro, comme l’observateur et l’observé, etc. La liste est infinie. Chacun ne pouvant exister sans l’autre.

A chaque particule, il existe une antiparticule correspondante, ayant les mêmes caractéristiques, mais de charge opposée. Quand elles entrent en contact elles s’annihilent mutuellement et disparaissent dans une bouffée d’énergie. La matière et l’antimatière sont formées d’espèces complètement symétriques. Oui mais…

“Lorsque l’on se penche sur la théorie du Big Bang et sur l’observation de l’évolution de l’Univers, on fait face à un problème de taille. Le Big Bang part d’une énergie pure qui produit autant de matière que d’antimatière. Toutes deux devraient s’être annihilées, or nous existons aujourd’hui grâce à un excès de matière. D’où vient cette différence et où est l’antimatière manquante ? – Marie-Hélène Schune – chercheuse en physique des particules – Médaille d’argent du CNRS 2019 – Source : journal du CNRS.

Y-a-t-il eu une brisure spontanée de symétrie dans L’Univers primordial ? Y-a-t-il eu une agitation initiale ? Une extravagance ? Où est cette antimatière manquante ? Car tout ce qui apparaît est séparé et confondu. Oui, mais pour qu’il y ait changement, il doit y avoir un déséquilibre initial (générateur de l’espace-temps et des dualités ou pôles) toujours en cours. Le deux en un est ce qui permet le Devenir. Et l’unification.

Dans le manifesté, un electron qui apparaît c’est obligatoirement un positron, son (anti) jumeau, qui se crée. L’observable est toujours composé de paires même si un élément du tandem n’est pas toujours perçu. Tout cela va de pair…

L’Unité va de pair… et par paires

“Aller de pair” signifie “être sur un pied d’égalité”, “être à l’unisson” et “avoir un point commun”.

La légende autour du caducée nous raconte qu’un jour Hermès sépara d’un coup de baguette (ou de branche d’arbre de la Connaissance) deux serpents qui se battaient et les enroula l’un et l’autre autour de celle-ci. Il les mis ainsi “d’accord” en les réunissant l’un et l’autre autour d’un axe qui représente l’Unité, sans distinction de bien et de mal. Et sans contact l’un avec l’autre. Ce symbole (du séparé et confondu) exprime l’union des contraires, le dépassement des antagonismes, le principe réconciliateur des opposés, une spirale de forces constructives, le renouveau sous la forme d’une involution puis d’une évolution menée à bien.

Le caducée (qui ressemble à l’hélice d’ADN) – tel que connu – a en plus, en son sommet une paire d’ailes afin de symboliser les forces contraires comme le fixe et le volatil. Comme toute chose a une origine et la retrouvera, on peut fixer le volatil (involution) et volatiliser le fixe (évolution).

Symboliquement, on passe d’une confusion initiale (le chaos incarné par le serpent fondamentalement séparateur), d’une force de dissociation (permettant la création d’information), à une mise en ordre par la réunion autour d’un axe (comme un point central) avant la restauration. Car c’est par l’expérience de la dualité que l’unité peut avoir conscience d’être. Et c’est cette unité devenu axe de la spirale qui permet une trinité.

Caducée, hélice d’ADN et escalier à double révolution, attribué à Léonard de Vinci.

Tout est Un et dans ce Un que nous éprouvons tout se compose de paires qui vont de pair. Deux s’opposent et se complètent, une troisième manifestation les équilibre : l’axe sur lequel les aléas n’ont pas d’incidence, celui sur lequel nous pouvons nous aligner. De dualités il s’agit de produire une synergie. L’unification comme un équilibre subtil : un axe au centre d’une double hélice dualiste rendu possible par un mouvement commun (comme un).

Comme dans le ou les Univers, tout est identique par ailleurs, en tant qu’Être (sur onze dimensions) chacun de nous est dans cette même logique : séparé, lié et confondu (Rébis). C’est à dire que communément nous n’avons pas la connaissance de tout ce que nous sommes réellement. Rassembler ce qui est épars, c’est déjà commencer par l’expérience de soi-même et se reconnecter à tout ce qui nous fait. Avec cette idée de centre, d’alignement, d’axe entouré de deux serpentines (que sont par exemple l’inconscient et le conscient), séparées et confondues dans un mouvement commun. L’Amour Inconditionnel naît/est une trinité, un équilibre subtil, le Soi, la sagesse. Car tout ce que l’Homme entreprend doit être un mouvement de transformation qui va de l’intérieur vers l’extérieur. Une réintégration dans l’unité primordiale et ultime. Pour l’Alchimiste la nature est composée de lumière, de matière et d’un obstacle à l’union, à l’alliance. La quintessence étant le point où la lumière peut se manifester dans la matière.

alliance

L’Amour Inconditionnel (A.I.)

Aimer une activité, aimer une idée, aimer une chanson, aimer une chose, aimer une personne… On aime à toutes les sauces dans notre société, au point de vider le verbe de sa force ! Ici, vous l’aurez deviné(e), nous ne parlerons pas d’aimer la pizza ou de kiffer le ski mais d’une forme d’amour plus intense. La plus essentielle, fondamentale et authentique : L’Amour Inconditionnel comme une quintessence.

Définir l’amour en une ou deux phrases semble impossible. En tout cas les définitions proposées ici ou là pour l’expliquer paraissent insuffisantes. Peut-être parce que dans le mot “amour” on place trop de choses diverses et variées. Les mots grecs “storgê” (amour familial), “philia” (amitié/lien), “agapé” (amour universel) comme la référence à Éros pour l’amour physique (bien que l’union avec Psyché ne se fasse qu’une fois les désirs sensuels dépassés), font des différences, et proposent une gamme de types d’amour. Le terme “dilection” renvoie à un amour tendre, purement spirituel. Mais le plus sûr est de lier l’amour au Beau, au Vrai, au Bien, à la plénitude, à l’absolu, à la rectitude, à la justice, au respect infini, au permanent, et donc fondamentalement au… sans condition. Et surtout pas à une émotion, ni à une agitation, qui ne sont que des obstacles.

Car si on tombe amoureux, on s’élève en amour. La différence est à souligner.

Avec du recul, dans les deux cas, on réalise que l’amour n’est pas dans l’air mais qu’il naît en soi. L’attention et l’intention divergent en revanche entre ces deux voies. Le véritable amour ne jaillit que quand on s’est libéré de l’ego. Il est union et non appropriation.

Quand on devient amoureux, on crée en soi-même l’auto-narration qui opère comme un déclencheur d’amour. On affabule. On affirme. On romance. Et on établit une projection sur l’autre sous la forme du masque désiré. Et tout ce qui par la suite va diverger du tableau d’ensemble imaginé sera synonyme de déception puis de vide. Sans parler du costume d’apparat qu’on se crée pour parvenir à séduire et se séduire soi-même. Un habit de lumière qu’on finit par dépareiller par désenchantement, une fois que le regard de l’autre n’est plus un assez beau miroir. C’est pourquoi dans les fictions romantiques il est en général relaté les premiers moments d’un couple en lévitation. Bref, on génère la clé de l’expression amoureuse. Mais il n’y a pas de serrure en amour… et pas plus de cadenas. Quoi qu’en pensent les amoureux sur les ponts qui jubilent d’avoir un amoureux avec un verrou en main. En amour, il n’y a rien à verrouiller.

Le véritable amour est un grand “oui” sans condition, sans stratégie, sans calcul, c’est un dépassement du moi, donc sans affaire d’ego ou de mental. Vous l’aurez noté, ces deux-là sont toujours dans les mauvais coups. Etre en amour est une affaire de reconnexion à un principe primordial que nous portons. On y accède par la vérité, l’esprit et le cœur. Par la chute de l’ego. Car l’anti-venin se crée à partir du venin lui-même. L’Amour Inconditionnel est permanent. Il demeure. C’est un rayonnement définitif, de la paix, de la joie. Un ronronnement.

En revanche être amoureux est une affaire du (bien bavard) mental. Dans l’expression exacerbée du leurre romancé, l’amoureux touche même à la passion. Mais le mot passion vient du latin “passio”, qui signifie “souffrance”. Celui ou celle qui a connu la passion connaît la fragilité qu’elle engendre, l’attachement morbide et la dépendance qu’elle provoque. D’ailleurs l’amoureux, quand il est éconduit, ne tend-t-il pas vers le néant, l’abîme ? Le coup de foudre par définition brûle et détruit celui qui prend l’apparence pour la réalité, le masque pour le véritable visage. Car le sentiment amoureux est impermanent. Il est d’ordre du récit. Ce ne sont pas les histoires d’amour qui finissent mal (“en général”), ce sont les histoires d’amoureux. Les vraies histoires d’amour ne finissent jamais. Le reste est illusion.

Le véritable amour est un don qui s’ignore car il est naturellement altruiste, il n’entend aucun calcul, il n’attend aucun retour, il ne peut être pragmatique, il est incompatible avec la jalousie. Il est épuré, simple, humble, il ne peut s’imposer à autrui par rapport à sa conception du bonheur. D’ailleurs il n’a pas forcément besoin d’un partenaire ou d’un tiers pour s’exprimer. C’est un élan naturel et permanent. En aucun cas basé sur une causalité, qui comme nous l’avons vu n’est qu’une chimère. Tout ce que l’Homme entreprend doit être un mouvement qui va de l’intérieur vers l’extérieur. L’Amour Inconditionnel illumine ce que l’ego obscurcit.

Pour le rendre plus intelligible avec des mots, prenons l’exemple de l’amour que l’on peut porter à un défunt si on n’est pas dans le jugement comptable des faits passés. Il reste dans le cœur sans jeu d’interaction à cause de la barrière de la mort. Mais le canal d’amour reste vivant sans attente d’un retour. Il existe en soi, il est là, il est, dans la mesure. L’Amour Inconditionnel centre. Il est intemporel. Il élève. Il est l’expression de la liberté et de la réalisation. Le pot aux roses est d’ailleurs dévoilé avant le dernier souffle dans l’antichambre de l’éternité par un “Je t’aime” ou un “Je vous aime” que celui qui part donne (voire pardonne). La rose est la fleur du secret car elle ne montre son cœur qu’avant de mourir. La révélation offerte par la rose, le secret, c’est que l’amour est quintessence quand il est inconditionnel, donc véritable.

Là encore nous sommes à contre-courant de la tendance sociétale globale qui est de louer les émotions exacerbées et hors-sol, de s’enthousiasmer pour des passions spectaculaires (et les souffrances qui vont avec), les désirs illusoires montés, plutôt que de faire l’éloge de la douceur profonde, de la joie et de la sagesse qu’offre le trop souvent méconnu Amour Inconditionnel. Le récit, toujours le récit… perçu comme plus réussi s’il est une illusion agitée ou un poulet sans tête mais non sans émotions. Le véritable savoir-vivre repose sur l’Amour Inconditionnel. D’ailleurs, si l’étymologie du mot “amour” est latine, l’origine est plus lointaine avec le Amma indo-européen qui veut dire maman. Il est donc question d’amour maternel, initial et inconditionnel dans le mot “amour”.

La vie se construit sur l’amour véritable ou son absence. Les troubles psychologiques ou déprimes renvoient souvent à une défaite sociale ou à un moment donné où l’Amour Inconditionnel (au sens imposant du terme avec deux majuscules) a fait défaut sous une forme ou une autre. La base de tout, c’est l’Amour Inconditionnel. C’est l’énergie vitale, le ciment parfait. Rien de trop. Ego, mental, émotions, désirs font eux barrage à l’éveil.

Le plus important, l’enjeu, c’est donc l’Amour Inconditionnel. Autrement dit, connaitre le véritable amour en tant qu’énergie. Pas seulement le recevoir, pas seulement le donner (et se rendre compte que le don ne vous enlève rien bien au contraire)… mais le porter, l’éprouver : connaître l’amour, co-naître l’amour, renaître en amour, pour juste ÊTRE. C’est la destination.

Les fêlures se gomment quand on cesse de chercher à satisfaire une attente sociétale idéalisée. On est ce que l’on est primordialement. Sans masque. On n’est pas le récit de son parcours de vie. On apprend de celui-ci. On éprouve. D’où la pertinence de mourir virtuellement dans sa vie pour y renaître sublimé(e) avec un Amour Inconditionnel au cœur. En ma fin est mon commencement. Car une fois le cœur ouvert, l’évolution se dessine de façon évidente. De la même manière, il s’agît de considérer l’altérité sans attente, sans condition, ouvert au monde. Sans jugement, sans critique, sans calcul. Personne n’a à se comparer à personne. C’est l’harmonie invisible, le centre unificateur.

La fleur, riche en parfums et en couleurs, a ses racines dans une terre noire améliorée par des engrais malodorants. Elle est entièrement belle. Et elle s’épanouit non pas pour son profit personnel mais parce que c’est sa nature. Tout simplement.

Renaître comme dans l’expression orphique du mythe de Dionysos-Zagreus (díogonos, “le deux fois né”), dans laquelle l’enfant se regardant jouer avec des objets dans un miroir devient la victime des Titans envoyés par Héra. Ils le découpent en sept et cuisent dans une marmite les différentes parties de son corps pour le manger, sauf une, épargnée, son cœur. C’est à partir de son cœur (“qui voit”) que Zeus lui permet de renaître. Tel le germe du grain de blé qui – s’il représente 2% – est la partie qui donne vie à la nouvelle plante. Cet enfant qui se regarde jouer dans le miroir, c’est nous. Nous dans notre récit quotidien en tant que personnes en société avec nos masques. Et la Co-naissance passe par une décomposition et une recomposition à partir du cœur, qui voit, qui sait.

Puisque tout est UN – intriqué, intemporel, isotrope, homogène, indéterminé, séparé et confondu – et que nous sommes un reflet de ce UN, alors l’Amour Inconditionnel étant le plus important pour nous, il est possiblement la matière primordiale, universelle et fondamentale, partout. Il est le ciment fondamental comme la matière noire dans l’Univers. A tous les niveaux. Dans cette même inspiration, le souffle (d’amour) est l’énergie transmutatoire comme l’énergie noire et réciproquement. La Vérité est invisible pour les aveugles de cœur.

Jusqu’à preuve du contraire l’Amour Inconditionnel est fondateur, il est la clé de chaque étape, il est celui qui apaise l’agitation, il est celui qui permet la compassion, la transmutation, la cohabitation pacifique des contraires, il est le ciment qui rassemble ce qui est épars, il est le lien qui fait de toutes choses une seule. Il est ce qui reste au terme de l’évolution, et ce qui la permet. IL EST. Si la tête pose des questions, le cœur sait déjà la réalité profonde des choses.

“Notre premier professeur est notre propre cœur” – Proverbe cheyenne

oeil

Faisons le point

  • Le fait que l’Univers soit composé à 95% de matière noire et d’énergie noire et qu’aujourd’hui la science ne sache pas trop de quoi il est question;
  • Le fait que l’Univers parte d’un simple point, un “atome primitif” qui se lance dans expansion effrénée sous l’action de l’énergie noire;
  • Le fait que l’Univers soit toujours UN, c’est à dire un objet et non une enveloppe, ce qui veut dire que nous ne sommes pas dans l’Univers mais que nous sommes une infirme partie de celui-ci;
  • Le fait que l’Univers soit homogène et isotrope;
  • Le fait que tout soit intriqué, donc interconnecté;
  • Le fait que toutes choses soient nées de cet atome primitif, par adaptation, par agrégation;
  • Le fait qu’une information ne disparaisse jamais mais se transforme;
  • Le fait que l’Univers porte ontologiquement de l’information en lui;
  • Le fait que nous ayons accès à toute information (sans limite d’espace et de temps) puisque tout est intriqué;
  • Le fait que par une expérience de pensée, donc par l’imagination, nous puissions accéder à de l’information non révélée à un moment donné de l’évolution civilisationnelle;
  • Le fait que toutes les lois de la physique moderne contredisent les informations perceptibles par nos cinq sens;
  • Le fait que les mathématiques décrivent le réel;
  • Le fait que la Conscience et l’imagination soient des outils;
  • Le fait que l’œil soit la fenêtre de l’âme;
  • Le fait que la nature soit intrinsèquement indéterministe;
  • Le fait que la matière se constitue à partir de l’attention et de l’intention. Donc que le fait même d’observer détermine la réalité émergente;
  • Le fait qu’il n’y ait que des probabilités, pas de causalité;
  • Le fait que le temps ne soit pas universel, qu’il est poli-rythmique, pas orienté et pas linéaire;
  • Le fait que le temps disparaisse dans l’infiniment grand, l’infiniment petit, donc dans toutes les dimensions;
  • Le fait que nous soyons dans une conceptualisation humaine du temps;
  • Le fait que rien n’est stable, rien n’est déterminé, rien n’est irréversible;
  • Le fait que tout vibre, sans cesse. Que tout est vibrations, avec des intensités différentes sur onze dimensions;
  • Le fait que l’art soit aussi primordial à tous les sens du terme;
  • Le fait que nous soyons composés d’eau – 99% des molécules de notre corps – et que celle-ci porte de l’information;
  • Le fait que l’information se fixe par par l’intermédiation de champs, que l’information est partout et toujours;
  • Le fait qu’absolument tout soit fait de paires séparées et confondues;
  • Le fait que l’amour véritable ne puisse être qu’inconditionnel, permanent et délesté de l’ego;
  • Le fait que la vérité libère et que l’illusion soit souffrance;
  • Le fait que l’Amour Inconditionnel soit notre moyen de transmutation et d’unification;
  • Le fait que le souffle soit l’expression de vie, la génération;
  • Le fait que le feu puisse être destructeur ou créateur;

Ces faits forment un ensemble cohérent et satisfaisant. Un Tout (ou absolu) plein de sens. Oui, absolument, tout cela a un point commun, un point comme UN.

Un point comme UN

Dans ce Un, ce Tout qui va au-delà de l’Univers, “ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas“. Comme une figure fractale (exemple ci-dessous). Les nombres Pi (π) et Phi (Φ) – comme Pierre Philosophale – permettent d’équilibrer et d’unir des parties sans changer les identités. Le Tout est dans Tout. Tout dans l’Univers est à l’image de l’Univers. On trouve les mêmes caractéristiques, les mêmes principes ou encore les mêmes lois.

Par Wolfgang Beyer via le programme Ultra Fractal 3

L’intrication permet de toucher à cet infini vivant dans lequel nous sommes même s’il reste fondamentalement indéfinissable. Le toucher oui, l’éprouver oui, mais pas le connaître donc. La barre est humainement trop haute. Il s’agira juste de mieux percevoir les deux pôles de vérité (relative et absolue), de mieux sentir, de mieux se souvenir, de mieux respirer, de mieux connaître, de mieux aimer afin d’être éveillé. Cela après une transformation qui ne tient pas du miracle, qui ne passe pas par une doctrine ou des textes. Juste réaliser que de la même manière que tout est interconnecté dans un corps humain, tout est interconnecté dans l’ultra-dynamique et mathématique objet Univers. La multiplicité (diversité) n’est pas la multitude mais une réalité unique.

Nous l’avons vu, y compris scientifiquement l’Univers n’est pas tel que nous le percevons par nos sens élémentaires. Dans ce Tout, nous l’avons souligné, tout est vibrations, énergies et informations. Dans ce Tout manifesté, nous l’avons précisé, il n’y a que des paires qui sont les pôles d’une même chose et une trinité qui est la voie de l’équilibre. Tout est séparé et confondu avec des plans intermédiaires sur onze dimensions. Une loi valable pour le genre, par exemple. Tout est masculin et féminin. Il s’agit de les rassembler. Dans le Tout, on trouve un mouvement inhérent et fondamental de compensation, comme un flux et un reflux. Le Tout décide de tout. Tout est pour le mieux.

Éprouver l’unité en soi est la trame commune et universelle. L’ourobore égyptienne symbolisait déjà l’idée que le cycle de tout devenir avait son double rythme : le développement de l’Un dans le Tout et le retour du Tout à l’Un. Une expansion et une contraction qui correspondent à la marche de l’Univers, notre objet commun. Autrement dit, une unité inconsciente primordiale qui devient une unité consciente définitive après s’être éprouvée dans la dualité.

Il ne s’agît définitivement pas d’avoir ni de savoir mais de devenir en se laissant guider – dans un souffle de vie – par son cœur, et en Connaissance, afin d’Être. L’objectif n’est pas de faire le vide mais le plein. Ici il n’y a pas de croyance, pas de dogmes, pas de textes, juste une émergence qui remplace l’agitation par un alignement, une extinction du Moi, un effacement, une réintégration (pas une sublimation). Tout est pour le mieux. C’est ce qu’on nomme la Sagesse. On la trouve en fusionnant Connaissance et Amour Inconditionnel.

Paradoxalement, possiblement parce que le monde s’oppose à ce qu’il nous montre spontanément, le mot “Sagesse” n’est pas très “sexy” dans notre société. Il apparaît souvent fade, en tout cas au moins dans une première phase de la vie. Comme dire de quelqu’un qu’il est gentil est usuellement devenu cassant. Et pourtant la Sagesse c’est privilégier la vérité qui libère de l’illusion qui elle fait souffrir. C’est la plénitude, c’est enlever les entraves, ne pas avaler des couleuvres, sortir du conformisme, faire tomber le masque, éprouver son identité, ne plus être dépendant de la dopamine, se défaire des pensées et émotions enfantines, sortir de l’étroitesse de l’ego, c’est se libérer, vouloir Œuvrer. C’est quelque part mourir de son vivant pour renaître autrement dans le feu secret de l’athanor à l’aurore (heure or), dans le Soi et non le Moi, rassemblé après avoir été disloqué, car la mort n’est pas l’inverse de la vie, mais l’inverse de la naissance. La Sagesse, c’est dépasser minuit, ne plus limiter l’illimité, c’est quitter le troupeau errant et véritablement l’aimer, c’est aller du royaume vers la couronne, ou plus simplement se laisser guider sans empressement dans un souffle de vie par son cœur afin d’Être. Un processus qui se produit après avoir éprouvé une monotonie et une saturation dans les choses dites matérielles (involution) pour rebondir vers une attraction nouvelle (évolution) qui mène à la totalité et l’unité.

La liberté qui découle de la mort des apparences, de l’avènement de la Sagesse n’est pas accessoire, elle est essentielle. C’est un accomplissement au delà de son périmètre personnel. Il dépasse l’altruisme ou l’altérité. Car le réel n’a pas à être jugé, critiqué, calculé, accepté, etc. Il est ce qu’il est en Soi. Connaître la nature des choses n’agite pas. Elle donne de la sérénité, l’impassibilité de la pierre philosophale, la paix de l’unité originelle. Elle permet d’avancer d’un pas sage lors de notre passage en tant qu’être humain en marche. La source des conflits est tarie.

Pour atteindre la Sagesse et se détacher des illusions, on ne doit pas toujours plus apprendre, mais éprouver, se poser, seul, des questions en toute intelligence et savoir où se trouvent les réponses, la Connaissance unitaire, et l’Amour Inconditionnel, force unitive. “Le Sage a pour corps l’Univers entier”. Une immensité qui écrase les petites illusions générées par l’ego. La vision du Sage est l’unité. Le réel. C’est son cap, c’est ce qu’il veut retrouver en ôtant ses ombres. Le but n’est pas une fin, le but n’est pas en haut, ni en bas, mais au centre. Chacun de nous doit tendre vers un centre.

“Le premier pas vers la sagesse est de tout questionner – Le dernier, de tout concilier.”

Georg Christoph Lichtenberg

Ce texte n’a pas pour objectif de vous aiguiller même s’il a été question d’aiguilles, il n’a pas la prétention de vous indiquer un chemin à prendre ou un but à atteindre. Il revient à chacun d’établir son dessein, d’avancer dans son Devenir les yeux ouverts et le coeur disponible.

Les Humains, bien que liés, ne transforment véritablement qu’eux-mêmes et par eux-mêmes. Ce texte est comme un champ, un espace défini, ouvert et cultivé dans lequel vous pouvez cueillir (ou pas) une synchronicité, une idée, un thème, une réflexion, une porte, une inspiration et/ou de l’amour.

Un ou des éléments évoqués ici a/ont peut-être résonné, vibré en vous (ondes Alpha et Gamma), en créant une association d’idées qui fait sens avec quelque chose que vous portiez déjà. L’essence de l’Homme qui aspire à une forme d’éveil est le questionnement dynamique. Il doit sans cesse questionner, sans cesse tenter de comprendre, sans cesse tendre vers la Connaissance et l’Amour Inconditionnel pour sortir de son auto-narration, de son ego. Mais sans agitation, sans précipitation, sans objectif prédéfini, sans chercher une illusoire nouveauté, sans se couper du monde, et en respectant évidemment les lois. Il s’agît de reconnaître dans le reflet d’un miroir son visage d’origine, de se laisser porter en confiance sans rechigner à agir. Il s’agit de percer le voile, il s’agît de percevoir, il s’agît de s’éveiller car, comme avec le sommeil, l’existence perçue comme consciente n’est qu’une forme d’illusion. Elle existe, elle est manifestée. Mais il y a plus. Ce qu’on appelle mystère (du grec ancien “initié”).

Tel le réveil pour sortir du rêve (que nous vivons comme une réalité) il faut l’éveil pour quitter l’état de veille que représente l’illusion des apparences (que nous vivons comme une réalité). Cela sous peine de ne connaître que l’écume insignifiante d’un océan alors qu’il est possible d’embrasser plus que l’Univers avec grandeur d’âme, de l’éprouver sans le nommer. Il est possible d’Être – avec un œil aimant et le cœur guéri – un miroir sans tache d’un Univers riche de sa multiplicité unifiée et de sa quintessence. Chacun a le libre arbitre d’opter pour l’illusion ou le réel.

Qui sait, ce n’est peut-être pas totalement un hasard si vous venez de lire ce texte. Il y avait de quoi refuser la lecture, la reporter ou décrocher en cours. Quoi qu’il en soit, à ce moment de lecture, donc de partage, nous sommes liés. Un peu séparés et confondus. Ta lecture a fait vivre ce texte. L’absolu est dans ce moment qui nous lie dans le réel. Sans attente nous continuerons de travailler. Je t’embrasse.

Au delà des apparences, tout est subtilement lié. Tout est Un dans le réel. C’est la clé de compréhension qui rend inutiles les serrures que nous établissons et nous permet d’éprouver le véritable amour qui est l’unique forme d’intelligence.

Mis à jour le 18 novembre 2020

>> Deuxième partie en cours de réalisation : “L’intention d’un apprenti sage”

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