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Par la considération de la mort il est possible d’éprouver la vie

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Débutons par du Boris Vian : « La mort n’a rien de tragique. Dans cent ans, chacun de nous n’y pensera plus. » Cette citation permet de prendre un peu de hauteur sur notre sujet et de lui conférer un peu de légèreté.

Dès l’instant où l’on se place sur le plan de l’essentiel, notre sujet devient inévitable. Et même inéluctable, comme la mort. On l’oublie parfois en accordant des vertus magiques à l’espérance de vie statistique, mais à partir du moment où nous sommes nés, nous sommes en âge de mourir. La mort est donc un sujet prégnant, encore plus en cette période de pandémie, qu’il convient de considérer avec hauteur, détachement, confiance, sérénité, lucidité et sagesse afin d’en tirer le meilleur. Et oui, le meilleur, car c’est par la considération de la mort qu’il est possible d’éprouver la vie et de la réaliser. On peut aussi se dire que finalement si l’on ne s’interroge pas sur le sens de la vie terrestre et de son terme, c’est qu’on estime qu’elle n’en a pas. Et qu’il n’y plus globalement pas d’espoir. Mais ici nous faisons le choix de mettre du sens.

Alors, à l’heure du trépas, qu’aimerions-nous avoir été ? Quel sera mon testament philosophique quand je verrai les grains au fond du sablier ? Qu’escomptons-nous plus généralement de la coulisse une fois le rideau tombé ? Qu’espérons après le dernier souffle ? Une double réponse me semble se dégager si on raisonne en « sage » :

  • Avoir été une participation utile face à l’éternité sans viser de récompense ni redouter de punition;
  • avoir su aimer inconditionnellement en ayant substitué le Moi par le Soi.

Car l’inverse de la mort n’est pas la vie, mais la naissance. Notre chemin est fait de transformations afin de vivre in actu ce qui était in potentia, de toujours essayer de (se) parfaire, d’aimer et de mourir en conscience. Un savoir vivre, un savoir être et un savoir mourir. Sapience oui, puis, et même surtout expérience.

Et puis ce n’est peut-être pas tant la mort qui mérite de nous faire gémir que les gémissements qui, nous empêchant de vivre, nous conduisent dans une petite mort de notre vivant. Gémir de son vivant pourrait être bien plus mortifère que la mort elle-même. A méditer. Sans espérer détenir une vérité. Déjà parce que « la prédiction est un exercice très compliqué, spécialement quand elle concerne le futur », comme le dirait le physicien Niels Bohr. Parce que les certitudes sont illusoires. Parce que « l’intelligence se mesure à la quantité d’incertitudes qu’un être est capable de supporter » (Kant). Et devant la mort, tout n’est qu’incertitudes. On peut parler d’ignorance consciente face au Mystère. Nous ne savons pas. Tout ce qui nous arrive sur terre est passager, éphémère.

Reporter sur soi-même l’éternité de la vie est un contresens égocentré. Tout comme le désir de voir perdurer son individualité pour l’éternité est égocentré. L’humilité, c’est intégrer que nous ne sommes qu’une cellule (qui se doit d’être saine) dans un laps de temps et dans un corps vaste, un objet nommé Univers. Et qu’en tant que cellules nous sommes liées, nous sommes unis… vers. En fait, l’idée peut se résumer ainsi : nous, poussières d’étoiles (ce n’est pas une image), sommes issus d’une même chose qui n’est pas intelligible à notre niveau mais qui devrait donner du sens à une fraternité universelle, ontologique puisque nous sommes famille. Si les feuilles tombent de l’arbre comme des enveloppes vides de vie, la vie ne s’arrête pas là. L’arbre demeure en vie. Notre individu propre ne représente pas le début et la fin de la vie. Si la Nature est multiple en substance, elle est Une par essence. Nous ne sommes pas des êtres isolés mais partie d’un tout riche et vivant. Et c’est très bien ainsi.

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