Rassembler ce qui est épars

Que le monde d’après Soi(t)

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Monde d’après, monde d’après, monde d’après… le concept d’un nouveau monde transmuté s’est répandu aussi sûrement que le Coronavirus nouvelle formule sur les différents territoires. Nombreux sont ceux qui pensent la crise sanitaire liée au Covid-19 comme un déclic, nombreux sont ceux qui estiment que le confinement va agir comme un révélateur individuel et collectif, nombreux sont ceux pour qui le monde d’après doit se rapprocher… de leur conception des choses, de leur grille de lecture propre.

La tentation de dicter au monde ce qu’il doit être garde force et vigueur, quel que soit le contexte global. Cette fièvre se mesure chez chacun assez facilement, avec le thermomètre de l’ego. A cet instant précis, il devient nécessaire de faire une halte dans le propos. Il n’est pas question un instant de donner ici la moindre leçon, ou de se croire plus clairvoyant. L’intérêt serait nul aux différents sens du terme.

Reprenons. J’entends, je lis des personnes – parfois intéressantes ou positives au demeurant – expliquer qu’obligatoirement rien ne pourra plus être pareil après la pandémie et que “l’après” sera comme ceci, comme cela. A sa sauce… Le pronostic (comme les prescriptions) ayant quand même souvent des allures d’incantation pour que le monde soit enfin à l’image des valeurs de l’auteur de “l’après” imaginé, et de son identité spécifique.

Oui, on a la sensation d’entendre des paroles magiques prononcées pour obtenir un effet surnaturel. Et cet effet recherché serait comme une nouvelle cosmogonie (du grec cosmo- “monde” et gon- “engendrer”). Le fameux “monde d’après” ou “nouveau monde” accouché. En fait, les mythes fondateurs fleurissent en ce printemps 2020. Et il s’agît pour beaucoup de se raconter – dans un élan égocentrique qui s’ignore – que l’altérité réaliserait enfin après une descente aux Enfers que la version du monde qui est juste était celle qu’on détenait.

Grossièrement cela revient à se juger plus clairvoyant qu’autrui : “Avec cette pandémie et le confinement, le monde d’après va devoir être celui du bon sens, et moi je le connais le bon sens. Dommage qu’on n’ait pas pensé comme moi avant… Désormais ils n’auront plus le choix, ou définitivement c’est qu’ils ne comprennent rien.”

Donc nous serions des ouvriers d’un chantier permanent et commun trompés par un architecte sans identité et sans bon sens que JE possède avec quelques autres (ou pas en fonction de l’ego et de l’orgueil de celui qui pense). Une image de Soi collective escomptant une validation générale parce que soi-disant pragmatique et porteuse de valeurs universelles. Comme toujours l’ego obstrue la vue. Et l’épisode suivant sera de dire que décidément cette humanité ne comprend rien. On connait la rengaine, l’enfer c’est les autres.

Pourtant, il y a une élément fondamental, là, sous les yeux dans un monde confiné. C’est en donnant sa meilleure version de soi-même aux autres, sans tricher, sans attendre un retour, qu’on rend le monde meilleur. C’est ainsi qu’on fait du bien et qu’on se fait du bien. C’est aussi simple. Et les exemples sont nombreux pour le montrer. La magie opère quand l’âme agît.

Chacun doit se charger de sa propre évolution pour le bien commun, comme un. Il est aisé de juger l’altérité, de l’accabler. Mais rabaisser l’autre pour se valoriser soi, c’est le principal levier du narcissique. Si socialement ils peuvent être influencés ou subtilement trompés, les humains ne transforment qu’eux-mêmes et par eux-mêmes.

Celui ou celle qui fait de sa ligne directrice LA ligne, celui ou celle qui prétend détenir la bonne façon de marcher, celui ou celle qui utilise le concept même de “monde d’après” pour dépeindre la version du catalogue qui lui sied peut réfléchir sur l’orgueil. Surtout si cette observation, il, elle la reçoit comme un reproche. Modestement tentons de proposer individuellement et sans artifice notre meilleure version. Celle qui sans mots inspirera peut-être. Ou pas. Et ce sera déjà bien.

L’orgueil (superbia en latin) est une opinion très avantageuse, le plus souvent exagérée, qu’on a de sa valeur personnelle aux dépens de la considération due à autrui. Wikipedia

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